L’expert

Augmentations salariales: comment s’est-on laissé endormir?

Après 8 ans de déflation, l’indexation des salaires aux coûts de la vie nous a menés dans le mur. Il importe de réagir et de changer nos pratiques de rémunération car le retour de l’inflation ne signifie pas la fin des problèmes

Noël arrive, et avec lui, son cortège d’augmentation des salaires. Comment une entreprise du secteur privé procède-t-elle pour définir son budget de révision salariale? On prend traditionnellement le taux d’inflation, on rajoute un chouïa, et le tour est joué. Vu l’inflation négative de ces dernières années, beaucoup de firmes n’ont ainsi augmenté leurs salaires que de manière très discrète. Les finances et les RH ont fait leur boulot. Tout baigne.

Jusqu’au jour où, sans crier gare, le ciel vous tombe sur la tête! C’est là que vous réalisez que vous vous êtes complètement fourvoyé pendant ces huit années de déflation. Pourquoi? Parce que le marché des salaires n’évolue pas en fonction de l’inflation, mais de la loi de l’offre et de la demande. Les chiffres sont brutaux: selon les dernières statistiques de l’OFS, les salaires moyens en Suisse ont augmenté en moyenne de plus de 18% entre 2004 et 2014, alors que l’inflation s’y est limitée à 5%.

Epineuses conséquences

Pour les employés qualifiés, cette augmentation est même de 24,1%, et pour les cadres médians de 37%! En d’autres termes, si votre rémunération était aux prix du marché en 2004, et que vous vous êtes laissé bercer par cette inflation soporifique, vous pouvez facilement vous retrouver à payer aujourd’hui vos collaborateurs 15% en dessous du marché.

Les conséquences sont à la hauteur de cet écart: risques importants liés à la rétention, notamment pour les personnes ayant gagné en employabilité, et tensions significatives entre les salaires des nouvelles recrues, engagées au prix du marché, et vos fidèles collaborateurs, payés en dessous de leur valeur sur ce même marché.

Imiter l'administration publique?

Que faire? Tout d’abord vous procurer immédiatement des enquêtes salariales, évaluer les dégâts et négocier des budgets extraordinaires de rattrapage (actions probablement assez peu populaires). Ensuite, utiliser ces données systématiquement pour définir les prochaines augmentations de salaire. Enfin, pourquoi ne pas envisager d’adopter, en tout cas en partie, la logique des administrations publiques?

Ces dernières, perçues comme peu compétitives, ont néanmoins le mieux négocié cette période de déflation. Comment? Grâce à leur système d’augmentation à l’ancienneté qui leur a permis, à l’image du canton de Vaud, de servir des augmentations de respectivement 2,44/1,67/1,17% à une majorité de leur personnel pendant toute cette période. Belle revanche du public sur le privé, et d’un système très décrié.

Et dans le futur? Ne croyons surtout pas que le problème va s’évanouir avec le retour de l’inflation! Pour les quinze prochaines années au moins, les départs à la retraite des baby-boomers vont continuer à peser sur l’offre et la demande, à tirer les salaires vers le haut, et à nous forcer de rester vigilants quant à notre compétitivité salariale.

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