Economie

Aujourd'hui, les écoliers «jouent» à travailler

Secteur informel. Terre des hommes met 2000 petits Suisses dans la peau d'un cireur de chaussures ou d'un laveur de voitures. Un jeu de rôles pour imaginer l'enfance dans les pays pauvres

Deux mille jeunes Suisses se mettent aujourd'hui dans la peau d'un enfant de la rue brésilien, vietnamien ou guinéen. Ils vont cirer vos pompes, briquer votre limousine, emballer vos cadeaux, ou vendre des bonbons et des journaux à la criée. Terre des hommes (TdH) Lausanne lance cette action pour marquer la Journée internationale des droits de l'enfant. En Suisse romande, 960 élèves et scouts ont répondu à l'appel, relayés par 27 écoles publiques. En Suisse alémanique, ils seront plus de 1000, et au Tessin, une centaine. On les verra dans les rues des villes comme Genève, Lausanne, Bulle, Sion, Porrentruy, Delémont ou Bienne, également dans des communes comme Savièse, Tramelan,

Cudrefin, Plan-les-Ouates, Môtiers, La Neuveville… Encadrés par des enseignants, des parents et le personnel de TdH, les petits Suisses exerceront leur métier durant quelques heures. Histoire d'imaginer ce que serait leur vie s'ils étaient nés dans une capitale du Sud et de témoigner de cette réalité aux passants. Cette sortie a été soigneusement préparée en classe, où les élèves ont choisi leur activité. Le journal de TdH, riche en informations sur le problème et les projets d'aide aux enfants des rues dans 12 pays, sera distribué par des crieurs, ainsi que des cartes de portraits d'enfants. Les laveurs de voitures amèneront chacun du produit et une éponge. Il n'est pas demandé de rémunération aux «clients», mais ceux-ci peuvent faire un don à l'organisation humanitaire. TdH entend faire la démonstration que la Convention internationale sur les droits de l'enfant n'est toujours pas respectée. Les conditions de survie de millions de jeunes les poussent à travailler pour gagner leur autonomie et leur dignité. L'urbanisation sauvage fait éclater les familles et proliférer des bandes criminelles qui exploitent ou violentent les enfants. Mais ce jeu de rôles au niveau national préfigure aussi ce qui pourrait un jour atteindre les pays riches. La Suisse compte quelque 500 000 pauvres. Chômage prolongé, exclusion, sans-abri: ces réalités toujours plus visibles peuvent déboucher rapidement sur l'explosion des petits métiers, qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants. Et ce qu'on appelle dans le tiers monde le secteur informel ne demande qu'à s'installer dans nos rues, légalement ou non. En apportant animation ou misère.

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