Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
En 2014, Aurore Bui a lancé un programme de mentorat pour aider les femmes à aller au bout de leurs idées. Chaque année, son entreprise conseille quelque 200 porteurs de projets et en accompagne une trentaine dans leur projet.
© Aurore Bui

Entreprise

Aurore Bui: «Les femmes doivent viser plus haut»

Dans le cadre de la Semaine de l’entrepreneuriat, l’Université de Genève et l'incubateur Softweb organisent samedi des ateliers avec des femmes entrepreneures. Entretien avec la coordinatrice de l’événement, Aurore Bui

Dans le cadre de la Semaine de l’entrepreneuriat, la journée de samedi est consacrée aux femmes. Fondatrice et directrice de l’incubateur Softweb, Aurore Bui organise l’événement en partenariat avec l’Université de Genève. L’enjeu des divers ateliers et discussions? Dépasser les préjugés de genre qui peuvent entraver le lancement d’une entreprise, et mettre en avant des femmes entrepreneures dans tous les domaines. Parmi le panel d’invités, Line Roby d’Aflux, Anne Ducat de By Anne Ducat ou encore Silvia Palomba de de Preux Avocats.

Fondé en 2009, Softweb est spécialisé dans les projets à dimension sociale ou environnementale et emploie aujourd’hui quatre collaboratrices à temps partiel. En 2014, Aurore Bui a lancé un programme de mentorat pour aider les femmes à aller au bout de leurs idées. Chaque année, son entreprise conseille quelque 200 porteurs de projets et en accompagne une trentaine dans leur projet.

Le Temps: Pourquoi avoir développé ce programme de mentorat?

Aurore Bui: Tout est parti d’un constat: 60% des personnes qui venaient nous voir avec leurs idées étaient des femmes, mais seules 20% parvenaient à faire aboutir leur projet, à obtenir les financements nécessaires. Nous en perdions donc deux tiers en cours de route.

Comment l’expliquer?

Différents obstacles peuvent provoquer un abandon. Il existe des freins personnels, mais également des facteurs liés à la parentalité. La moitié des femmes que nous recevons sont des mères avec une carrière en entreprise derrière elles. La culpabilité par rapport aux enfants reste forte. On leur demande souvent s’ils ne vont pas leur en vouloir plus tard. Au niveau personnel, nombre de femmes se dévalorisent, n’osent pas prendre de risques, n’incluent pas de salaire ou de frais extra dans leur budget. Cela vient parfois du conjoint, qui leur reproche de trop investir de fonds. Ce manque de confiance peut engendrer, à tort, un manque de crédibilité.

Doit-on en déduire que les femmes ont moins d’ambition?

Non, mais les motivations qui poussent à l’entrepreneuriat peuvent varier selon le genre. Il y a quelques années, une étude de l’Université de Genève avait analysé ces différents facteurs. Résultat: les hommes voulaient devenir indépendants pour gagner plus d’argent, les femmes pour disposer de davantage de flexibilité.

A quoi sert le mentorat?

En plus du coaching technique, il nous est apparu important de donner des conseils pour aider les femmes à gérer leurs défis personnels. Dispensé sur un an par des entrepreneures expérimentées, le programme vise à atteindre 40% de réussite dans les projets lancés. Il est plus facile d’expliquer qu’on a besoin d’une nounou pour son enfant face à des femmes qui ont vécu ce genre de situation. L’an dernier, nous avons accompagné une femme qui faisait des créations extraordinaires en bois. Elle avait des difficultés à se mettre en avant et à démarrer son entreprise. Notre mentor l’a encouragée à aller beaucoup plus haut que ce qu’elle avait prévu et a organisé pour elle une exposition à Londres. Le décollage a été fulgurant. Bien souvent, les solutions existent déjà, il suffit de les activer.

Au-delà des difficultés, les femmes ont-elles des atouts insoupçonnés?

De nombreuses études ont montré que les leaders féminins ont une gestion du personnel moins verticale, sont plus à l’écoute. Lorsqu’elles pensent à monter une entreprise, beaucoup incluent souvent une composante sociale sans même s’en rendre compte. Lauréate du Prix CFE-Club des femmes entrepreneures en 2016, Maddelena Di Meo illustre bien cette tendance avec son entreprise de premiers secours dotée d’un assistant vocal qui dicte les gestes d’urgence pour réduire les risques de décès.

Quels écueils avez-vous rencontrés dans votre expérience personnelle?

Avant de lancer Softweb, j’étais manager informatique dans une société de transport maritime, un milieu très masculin. Je suis tombée enceinte de mon premier enfant au moment où je suis devenue indépendante. J’ai alors eu droit à diverses remarques de la part de clients qui se préoccupaient de la garde de mon enfant ou me demandaient si j’avais le temps de les voir. Certains ont même renoncé à travailler avec moi. L’aspect maternité était prédominant. Aujourd’hui, je consacre mon mercredi à mes enfants. Ce n’est bien évidemment pas un 80% strict, je travaille en décalé, parfois tard le soir. Ce n’est pas tout rose, mais c’est un choix.

Quels conseils donnez-vous aux femmes qui veulent lancer leur entreprise?

Nous les incitons avant tout à connaître leur valeur et à ne pas s’oublier. De nombreuses femmes se retrouvent débordées parce qu’elles ont voulu tout assumer de front. Résultat: leur projet vivote. Pour gérer sa boîte à domicile, il faut poser des limites.


Journée mondiale de l’entrepreneuriat au féminin, samedi 18 novembre dans les locaux de Softweb, rue des Cordiers 2, 1207 Genève.

www.unige.ch/public/evenements/semaine-entrepreneuriat/

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)