Plus grande île ou plus petit continent au monde, l'Australie est légèrement plus exiguë que les Etats-Unis et affiche la plus faible densité de population du globe avec 18,5 millions d'habitants seulement. Son économie, fondée sur les richesses naturelles, l'élevage de moutons et l'agriculture, a longtemps donné l'image d'un pays chanceux attirant tous ceux qui voulaient faire bon usage de ses potentiels.

Toutefois, depuis le milieu des années 60, les atouts de l'Australie commencèrent à perdre de leur éclat avec le recul régulier des prix des matières premières, entraînant avec lui la prospérité relative du pays.

Alors que le Japon et l'Asie du Sud-Est commençaient à faire l'expérience d'une économie émergente dans les années 80 et 90, l'Australie poursuivait son ralentissement, affichant sa faiblesse face à une région en plein essor et souffrant de taux d'intérêt réels élevés, d'une inflation forte et d'une monnaie instable.

Avec des exportations dirigées à hauteur de 50% vers le Sud-Est asiatique, rares étaient ceux qui auraient misé sur l'envol économique australien. Quoi qu'il en soit, en dépit de ces prévisions moroses, le pays a obtenu de remarquables résultats. Il ne s'est pas contenté de faire bien mieux que ce que l'on attendait généralement, mais a même réussi à surprendre les pronostics les plus optimistes.

Depuis le début des années 90, l'Australie s'emploie avec modestie à mettre en place l'une des économies les plus solides du monde industrialisé. Celle-ci est désormais forte dans une région faible. Les Australiens affichent une réserve prudente lorsqu'ils commentent les récents gains de productivité de l'économie et se demandent même jusqu'à quand dureront cette croissance soutenue et cette faible inflation. Dans une certaine mesure, la chance a certainement été au rendez-vous de la bonne performance économique australienne, tant sur le plan monétaire que fiscal et ce, malgré les pressions déflationnistes en provenance d'Asie. Force est de constater que la vigueur de la performance économique est due à l'introduction de certaines réformes structurelles à long terme qui commencèrent dans les années 80 sous le gouvernement travailliste d'alors et qui se poursuivent avec l'actuel gouvernement libéral du premier ministre John Howard. La pierre angulaire du processus de réforme économique fut la libéralisation du marché de l'emploi et l'introduction d'une politique industrielle plus compétitive. Ecartant tout centralisme, le premier bénéficia d'un nouveau système de négociations salariales décentralisé, appliqué à l'échelle des entreprises. Simultanément, le secteur industriel australien, qui avait été protégé par une série de taxes à l'importation, se trouva exposé à la concurrence internationale, du fait d'une réduction progressive de ces taxes au cours des deux dernières années. Concernant le secteur public, l'Australie a institué l'un des programmes de réformes les plus vastes au monde, dont les effets se font déjà sentir en matière d'efficience économique générale. Le plus grand défi auquel le gouvernement doit faire face dans le processus actuel de réformes consiste à transformer le système d'imposition australien par le biais d'une taxe à la consommation touchant de nombreux produits.

En bonne santé

Globalement, l'économie australienne affiche donc une bonne santé. Avec une croissance de 4,9% en 1998, elle devrait progresser de quelque 3,5% cette année. Les derniers chiffres du PIB pour le trimestre échéant au mois de mars font du reste état d'un taux de croissance annualisé de 4,8%. Cette croissance relève essentiellement de la propension des ménages à consommer qui devrait connaître une progression de 5% cette année. Cette situation découle d'un marché de l'emploi en croissance (2%) et d'un taux d'inflation bas (2%) permettant une hausse confortable des salaires réels.

Plus durement affecté par la crise asiatique, le commerce extérieur pénalise pour le moment la croissance avec un déficit commercial de l'ordre de AUD 1,9 milliard en avril dernier. Alors que les importations sont en légère hausse, la valeur des exportations est en chute pour le neuvième mois consécutif. La reprise des économies asiatiques laisse cependant présager un redémarrage important des exportations australiennes (notamment de matières premières) vers cette région à partir du deuxième semestre de cette année.

La faiblesse de la demande extérieure a également pesé sur les investissements. Cependant, il semble que l'on assiste à un retour de la confiance dans les milieux d'affaires comparable à celle d'avant la crise. Dans ce contexte, une reprise durable des investissements, notamment en biens d'équipement et dans la construction (hors logement), devrait se matérialiser à partir de l'année prochaine. Bien que les investissements en logements privés aient clairement atteint un sommet en juin 98, une baisse sensible ne devrait pas avoir lieu. Les possibilités d'accès à la propriété du logement restent intéressantes, notamment en raison de la baisse des taux hypothécaires à 5%, d'une demande accrue pour des logements spacieux et, plus généralement, des conditions monétaires favorables.

3200 points pour la fin de l'année

Comme les principales places internationales (notamment asiatiques et américaines), le marché boursier australien a connu une bonne performance depuis le début de l'année. En hausse constante jusqu'à fin avril, l'indice All Ordinaries a ensuite entamé une phase de correction et fluctue depuis près de deux mois dans une fourchette comprise entre 2900 et 3000 points. Soutenues par les bons chiffres concernant le PIB (notamment sur le plan domestique), par les activités off shore florissantes, par un raffermissement du dollar australien et par une reprise des économies asiatiques, les capacités de croissance bénéficiaire des sociétés sont régulièrement revues à la hausse (10% pour 1999). Les secteurs qui profiteront le plus de cet environnement devraient être ceux de la consommation, des télécommunications, des médias, des transports et de la banque. Les ressources naturelles devraient également continuer à bénéficier du sentiment positif entourant les matières premières. En termes de sociétés, celles qui nous paraissent le mieux se positionner dans les secteurs susmentionnés sont: Coles Myer (solidité de la consommation, ralentissement des investissements, cash-flow important), Foster's Brewing (parts de marché en hausse, réduction des coûts, avantage compétitif dû au dollar australien, bilan solide), Telstra (secteur de croissance, baisse importante des coûts, position dominante, cash-flow important), News Corp. (forte croissance aux USA, sous-évaluation relative, position dominante dans un secteur en croissance), Brambles (CHEP toujours en croissance aux USA et en Europe, potentiel de réduction des coûts), National Australia Bank (forte demande de crédits, bilan solide, maîtrise des coûts) et Broken Hill Proprietary (secteur en reprise, désinvestissement d'actifs, position dominante, nouveau management, prospection minière fructueuse). Si aucun choc exogène de l'ampleur de la crise asiatique de 1997, ou russe de 1998, ne se reproduit cette année, la Bourse australienne devrait poursuivre son expansion tout au long de l'année et accueillir le nouveau millénaire du haut de ses 3200 points.

* Union Bancaire Privée.