«Autoland», l'Allemagne pays de l'automobile, a-t-il encore un avenir? Alors que Volkswagen est menacé par l'un des plus graves conflits sociaux de son histoire et que Opel confirme la suppression de 10 000 emplois dès le début de l'année prochaine, l'Allemagne s'inquiète de la capacité concurrentielle de son industrie phare. Un emploi allemand sur sept est en effet lié à la construction de voitures. Pourtant, veulent rassurer les experts, l'industrie automobile allemande, à l'exemple de Mercedes – malgré ses problèmes de qualité – BMW, Porsche, ou Audi qui génère plus de la moitié des bénéfices du groupe Volkswagen, est en meilleure santé que ne le laisse supposer la crise chez Opel et VW.

Lundi matin, quelque 12 000 ouvriers des usines VW de Braunschweig, Kassel, Emden ou Wolfsburg ont entamé une grève d'avertissement avant le sixième round des négociations salariales entre IG-Metall et la direction du groupe, à Hanovre. Sortant de sa réserve, le président allemand, Horst Koehler, s'est adressé à la direction et aux salariés, soulignant qu'«il est dans l'intérêt de tous de mettre fin au conflit le plus vite possible».

Les discussions sont actuellement dans l'impasse, ce qui pourrait provoquer la première grève de l'histoire de VW. La direction veut un gel des salaires durant deux ans et réduire sa masse salariale de 2 milliards d'euros. Les représentants du personnel, eux, veulent avant tout assurer le maintien des postes de travail durant les dix prochaines années. Le comité d'entreprise, qui avait ramené sa revendication de hausse salariale de 4 à 2%, semblait prêt à faire des compromis en échange «d'une sécurité de l'emploi solide et durable» pour les 103 000 employés concernés par le contrat-cadre.

La crise chez Opel, dont la direction a confirmé ce week-end la suppression de 4000 emplois dans chacune des usines de Bochum et Rüsselsheim, et la nécessité pour Volkswagen de réduire ses frais salariaux de 30% ont mis en évidence les coûts de production très élevés de la place allemande. Mais aussi une surcapacité des usines de l'ordre d'un tiers, alors que le marché intérieur est en recul (-21% en septembre).

Bas salaires, flexibilité des horaires, subventions pour la création d'emplois: on estime que plus de 100 000 postes de travail ont ainsi été créés ces dernières années en Hongrie, Pologne, Roumanie, Slovaquie par l'industrie automobile allemande et surtout par ses sous-traitants. Selon une étude récente d'Ernst & Young, un sous-traitant allemand sur deux envisage de se délocaliser à l'Est ou en Chine. Selon le consultant, l'Allemagne comme lieu de production automobile est en danger si les entreprises et les salariés ne font pas preuve de davantage d'inventivité, notamment à la recherche de nouveaux matériaux et de nouvelles énergies.

La menace de la délocalisation

Bernd Gottschalk, président de l'Association de l'industrie automobile, est loin d'être aussi pessimiste. L'industrie automobile allemande est l'une des rares à avoir créé plus d'emplois qu'elle n'en a perdu ces dix dernières années: 130 000 places de travail. La production de voitures en Allemagne a augmenté de 38% durant le même laps de temps. Dans son étude, Ernst & Young admet aussi que la menace de délocalisation a obligé les producteurs à augmenter la capacité concurrentielle des usines allemandes.

Selon Paul McCarthy, spécialiste de la branche automobile chez PricewaterhouseCoopers (PwC), qui pense que les problèmes d'Opel masquent la réalité, l'Allemagne ne sera jamais un pays à bas salaires. Inutile donc de s'acharner sur la seule stratégie de réduction des coûts salariaux. Par contre, si elle veut rivaliser avec la Chine, l'industrie allemande a besoin d'inventer de nouveaux modèles de travail, plus flexibles, pour répondre plus rapidement aux besoins du marché.

Dès lors, l'Institut d'études de l'économie automobile (IFA) est plutôt optimiste. Les producteurs pourraient supprimer environ 35 000 postes de travail jusqu'en 2010, sur 770 000 directement liés à l'automobile. Parallèlement, les sous-traitants devraient en créer 19 000. Le fait que Rüsselsheim pourrait être choisi au lieu de la Suède comme lieu de production de la gamme moyenne de Saab confirmera peut-être cet optimisme.