Les autorités chinoises sont prêtes à accepter des défauts de paiement sur des produits financiers, de tels incidents étant «difficiles à éviter», a indiqué jeudi le premier ministre Li Keqiang, évoquant les dangers d’une «finance de l’ombre» minée par les créances douteuses.

«Nous attachons une grande importance aux risques financiers et aux dangers liés à l’endettement», a souligné M. Li, lors d’une conférence de presse après la clôture de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), Chambre d’enregistrement législative du régime. «Comment serait-il possible que je puisse souhaiter voir des défauts de paiement sur des produits financiers? Mais, malheureusement, j’ai bien peur que des cas isolés de défauts de ce type soient difficiles à éviter», a-t-il poursuivi.

Cas emblématique, un fabricant shanghaïen de panneaux solaires, Chaori Solar, a annoncé la semaine dernière ne pas avoir les moyens d’honorer le paiement de 89,8 millions de yuans (10,7 millions d’euros) d’intérêts sur des obligations qu’il avait émises en 2012. Ce tout premier cas d’un défaut de paiement sur des obligations d’entreprises émises en Chine continentale est venu raviver les inquiétudes sur les produits d’investissement émis par des dizaines de trusts et sociétés de crédit, évoquant pour certains le spectre des «obligations pourries» américaines.

Alors que, ces dernières années, les gouvernements locaux et banques publiques intervenaient systématiquement pour aider les entreprises en détresse à honorer les paiements sur leurs obligations, l’Etat veut désormais «laisser le marché jouer son rôle», ont commenté la semaine dernière des médias officiels. «Ce que nous devons faire, c’est renforcer les contrôles, mettre correctement en œuvre des mesures (de supervision) adéquates et nous assurer qu’il n’y a pas de risque financier systémique ni de (contagion) régionale», a expliqué le premier ministre.

Endiguer la finance de l’ombre

Li Keqiang a par ailleurs rappelé la détermination des autorités à endiguer l’essor de la «finance de l’ombre», ces sociétés de crédit informelles prospérant en marge du secteur bancaire et ayant alimenté une envolée des dettes des entreprises comme des gouvernements locaux. «Nous avons conduit l’an dernier un audit complet des dettes publiques, cela montre notre volonté de s’attaquer à ce problème. Nous en avons rendu publics les résultats, qui montrent que les risques (liés à cet endettement) restent dans l’ensemble sous contrôle», a insisté Li.

Selon cet audit national, l’endettement des gouvernements locaux chinois s’établissait fin juin à 17 900 milliards de yuans (2100 milliards d’euros), un bond de 67% en deux ans et demi. Ce gonflement des dettes a été alimenté, selon les experts, par des coups de pouce locaux à l’activité – quitte à financer nombre de projets peu rentables.