Mercredi, les autorités françaises se sont livrées à une série de perquisitions dans les locaux de plusieurs entreprises actives dans le placement de personnel. Deux succursales d’Adecco France ont été visitées, mais son concurrent néerlandais Randstad est aussi concerné. Ainsi, sans doute, que d’autres de leurs pairs.

«Afin de respecter la présomption d’innocence, nous ne divulguons pas l’identité des sociétés visées par cette enquête, ni leur nombre», a indiqué au Temps un porte-parole de l’autorité de la concurrence.

Tout comme Randstad, Adecco, «dans une volonté de transparence vis-à-vis des marchés», a publié un bref communiqué, jeudi matin. Le groupe suisse, qui génère plus d’un quart de ses revenus dans l’Hexagone, évoque une «présumée violation de la législation sur la concurrence».

Y a-t-il eu entente sur les tarifs appliqués aux employeurs clients? En l’état, personne n’a souhaité détailler le motif de cette enquête. Ni si elle a été diligentée à la suite d’une plainte, d’une auto-dénonciation – permettant à l’entreprise qui s’annonce de baisser son amende – ou si l’équivalent français de la Commission de la concurrence s’est saisi lui-même de l’affaire. «Ce que je peux vous dire, c’est que la procédure durera au moins plusieurs mois», précise-t-on à ­Paris.

Le précédent de 2009

Et même bien plus, si l’on se fie à la dernière affaire du même type. Car il y a un précédent. Et celui-ci concerne le même secteur, les mêmes entreprises, les «majors de l’intérim en France», comme les avait nommés l’autorité, en février 2009.

Cette décision marquait l’aboutissement d’une enquête ouverte en 2004. En cinq ans, l’on avait pu prouver qu’Adecco, Manpower et Vedior – racheté depuis par Randstad –, qui couvraient 70% du marché français, se coordonnaient sur leur politique tarifaire vis-à-vis de leurs grands clients. Et l’autorité de citer La Poste, Eiffage, Alstom, EDF ou Alcan. «Les entreprises utilisatrices ont été affectées par ces pratiques […] Les travailleurs intérimaires également, en raison du renchérissement de cette forme de travail», concluait le communiqué.

Au final, les amendes s’étaient élevées à 42 millions d’euros pour Manpower, à 32,5 millions pour Adecco France et à 18,2 millions pour Vedior. Excepté Manpower, tous avaient bénéficié d’une réduction pour ne pas avoir contesté les faits et s’être engagé à «améliorer le fonctionnement concurrentiel du marché».

Rien ne dit que la nouvelle enquête est fondée sur les mêmes motifs. Néanmoins, un analyste d’ING cité par Le Monde a déjà calculé qu’Adecco et Randstad pourraient devoir payer 29 et 17,7 millions d’euros, respectivement.

Tout au plus, l’autorité peut infliger une sanction allant jusqu’à 10% du revenu du groupe auquel appartient l’entreprise sanctionnée. Soit, pour Adecco, un peu plus de 2 milliards!

La gravité des faits, l’importance du dommage et la situation du fautif déterminent l’ampleur de la punition. Autre facteur aggravant: la réitération.