Maxima Chan Zuckerberg a 5 ans et demi. Sa sœur, August Chan Zuckerberg, est âgée de 3 ans et demi. Les filles de Priscilla Chan et Mark Zuckerberg, cofondateur et directeur de Facebook, passent-elles du temps devant les écrans? Ce n’est pas certain. Ce qui est sûr, c’est que leur père veut que les enfants des autres puissent accéder facilement à son réseau social Instagram, basé sur les photos et vidéos. Mais outre-Atlantique, ce projet suscite une vive opposition. Dans la nuit de lundi à mardi, les procureurs de 44 Etats américains ont exigé que Facebook abandonne ce projet. Instagram est officiellement interdit aux moins de 13 sans.

Dans leur lettre commune, les procureurs «exhortent Facebook à abandonner son projet de lancer cette nouvelle plateforme». «Il semble que Facebook ne réponde pas à un besoin, mais en crée un, car cette plateforme s’adresse principalement aux enfants qui, autrement, n’ont pas ou n’auraient pas de compte Instagram. […] L’utilisation des médias sociaux peut être préjudiciable à la santé et au bien-être des enfants, qui ne sont pas équipés pour faire face aux défis liés à l’utilisation d’un compte social», écrivent-ils.

«Facebook a échoué»

Les procureurs, qui veulent sans doute prévenir de futures actions en justice, justifient aussi leur intervention. «Facebook a historiquement échoué à protéger le bien-être des enfants sur ses plateformes. Les procureurs généraux ont un intérêt à protéger nos plus jeunes citoyens, et les plans de Facebook de créer une plateforme où les enfants de moins de 13 ans sont encouragés à partager du contenu en ligne sont contraires à cet intérêt.» Avant les procureurs, des parlementaires avaient déjà demandé à Facebook de renoncer à son projet.

Mais Mark Zuckerberg n’en démord pas, il veut permettre aux moins de 13 ans d’utiliser une version dédiée d’Instagram. Et de toute façon, c’est presque trop tard, affirmait lundi l’un de ses porte-parole: «Comme tous les parents le savent, les enfants sont déjà en ligne. Nous voulons améliorer cette situation en offrant aux parents de la visibilité et du contrôle sur ce que font leurs enfants.»

Experts consultés

Précédemment, Facebook avait affirmé que le nouveau réseau social n’afficherait pas de publicité. Le mois dernier, Mark Zuckerberg avait martelé son slogan, immuable: «Je pense qu’aider les gens à rester connectés avec leurs amis et à s’informer sur différents contenus en ligne est largement positif.» Mais le réseau concède qu’il y aura du travail, affirmant qu’il va consulter des «experts en développement de l’enfant, en sécurité de l’enfant et en santé mentale, ainsi que des défenseurs de la vie privée».

Pour l’heure, impossible de savoir quand – et même si – Facebook lancera son «Instagram Youth». Le réseau avait fait face à des critiques similaires avant le déploiement d’une version pour enfants de son service Messenger, ce qui ne l’avait pas empêché de le lancer en décembre 2017. Ce service compte plus de 7 millions d’utilisateurs.

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Ecrans interdits

Ce bras de fer intervient alors que ces dernières années, les responsables de géants de la technologie ont montré qu’ils voulaient protéger leurs propres enfants… des écrans. «Nous n’avons pas de téléphones portables à table lorsque nous prenons un repas, nous n’avons pas donné de téléphones portables à nos enfants avant qu’ils aient 14 ans et ils se sont plaints que d’autres enfants les aient plus tôt», avait ainsi expliqué Bill Gates, cofondateur de Microsoft. Chez les Jobs, l’accès aux écrans était aussi limité. «Tous les soirs, Steve mettait un point d’honneur à dîner à la grande table longue de leur cuisine, en discutant de livres, d’histoire et d’une variété de choses. Personne n’a jamais sorti un iPad ou un ordinateur. Les enfants ne semblaient pas du tout accros aux appareils», affirmait Walter Isaacson, auteur du livre Steve Jobs.

Tim Cook, directeur d’Apple, n’a pas d’enfant. «J’ai un neveu et je lui impose des limites. Il y a des choses que je n’autoriserai pas. Je ne veux pas qu’il soit sur un réseau social», déclarait-il lorsque son neveu avait 13 ans. D’autres patrons de la tech ont dit la même chose. Et ils ont aussi, souvent, envoyé leurs enfants à des écoles, au cœur de la Silicon Valley, qui n’employaient pas les écrans dans le cadre de l’enseignement.