Ennemi des taxis, Uber doit aussi faire face à la colère de ses propres chauffeurs. Aux Etats-Unis, un collectif new-yorkais, habitué des protestations devant les bureaux de l’entreprise de VTC (voitures de tourisme avec chauffeurs), s’apprête désormais à lancer sa riposte: une plate-forme rivale. «C’est la solution ultime à nos problèmes», assure Abdoul Diallo, l’un des responsables du réseau Uber Drivers Network.

Baptisée Swift, l’application s’inspire grandement d’Uber. Le passager choisit le point de rendez-vous puis appelle une voiture en pressant un bouton. Il peut ensuite suivre son trajet sur une carte puis payer sa course et noter son chauffeur. La plate-forme, en développement depuis plus d’un an, devrait être mise en service au cours des prochaines semaines. Mais tous les détails ne sont pas encore réglés, reconnaît Abdoul Diallo.

Parallèlement, une deuxième application espère également tirer profit du mécontentement des chauffeurs d’Uber et de Lyft, son principal concurrent américain. Elle a été conçue par Talmon Marco, co-fondateur du service de messagerie Viber qu’il a revendu pour près d’un milliard de dollars. Sa nouvelle start-up, appelée Juno, prépare son lancement à New York. Elle compterait déjà une centaine d’employés. Et elle négocierait aussi une levée de fonds de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Baisses de prix imposées du jour au lendemain

Les problèmes entre Uber et ses chauffeurs ne sont pas nouveaux. Ils resurgissent régulièrement, à chaque fois que le service de VTC réduit ses tarifs. Ces baisses de prix, imposées du jour au lendemain, se sont multipliées depuis les débuts en 2009 dans les rues de San Francisco. L’entreprise fondée par Travis Kalanick les justifie par la volonté d’attirer de nouveaux adeptes. A terme, elle veut convaincre les automobilistes de délaisser leur voiture.

Uber assure que ses chauffeurs sont également gagnants: grâce à l’augmentation de la clientèle, les temps d’attente entre deux courses sont moins longs ce qui leur permet de gagner plus. A New York, la dernière baisse de prix aurait ainsi entraîné une hausse de 17% du salaire horaire. Une rhétorique rejetée par les principaux intéressés. Sur la page Facebook du collectif Uber Drivers Network, nombre d’entre eux se plaignent ainsi d’une baisse de leurs revenus.

Autre point de discorde: ces chauffeurs professionnels, qui participaient initialement à Uber Black, le service haut de gamme, doivent désormais également transporter des passagers utilisant UberX et UberPool, deux offres qui rapportent beaucoup moins. Ils estiment avoir été trahis par les belles promesses d’Uber. Et ils se sentent désormais pris au piège. Beaucoup se sont en effet endettés pour acheter une berline de luxe.

Pour attirer les mécontents, les deux nouvelles plates-formes promettent des rémunérations plus élevées. L’équation est délicate car elles ne peuvent se permettre de proposer des tarifs supérieurs à ceux d’Uber. «Nous allons mettre en place un partage des profits. Tous les chauffeurs auront des actions de la société», répond Abdoul Diallo. Juno promet également de réserver une partie du capital aux chauffeurs. Et la start-up ne prélèvera qu’une commission de 10% sur chaque trajet, là où ses rivaux retiennent entre 20% et 30%.

Mais leur principal défi sera de bâtir une clientèle face à des services déjà bien implantés. Cette tâche sera d’autant plus compliquée que Swift et Juno ne joueront pas à armes égales. Uber a en effet levé plus de 9 milliards de dollars. Un trésor de guerre qui a déjà eu raison de Sidecar, société concurrente qui a cessé ses activités fin 2015.