Dans le dossier commercial, il était question de divorce entre le président américain George Bush et la nouvelle majorité démocrate au Congrès. Ce sera plutôt un mariage de raison. Dans le contrat nuptial, d'une part la prorogation d'une loi qui accorde au président des pouvoirs spéciaux en matière de commerce extérieur. De l'autre, les revendications sociales seront intégrées dans toutes les négociations commerciales bilatérales et multilatérales.

Tel est le compromis qui se dégage après les deux premiers mois de cohabitation à Washington. Contrainte de trouver un terrain d'entente, la Maison-Blanche a ouvert les négociations afin d'obtenir la prorogation du Fast Track Authority (FTA) qui expire le 1er juillet. Cette loi autorise le président à négocier des accords commerciaux, puis à les soumettre au Congrès qui ne peut que les adopter ou les rejeter, sans modification. Elle est indispensable dans le cadre des négociations du Cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Sans la FTA, les Etats-Unis ne seraient pas un partenaire crédible à la table des négociations. «Je prie le Congrès de la proroger», a déclaré le président Bush lors du discours à la nation prononcé le 31 janvier.

Donnant donnant

Les démocrates ne peuvent pas refuser d'entrer en matière. Pour cause, les Etats-Unis sont certes un moteur de l'économie mondiale, mais 95% des marchés se trouvent à l'étranger. Les exportations américaines des biens manufacturés représentent 5,2 millions d'emplois. Le niveau de vie des Américains est directement lié à la libéralisation du commerce dans le monde. Les Etats-Unis y participent tant sur le plan multilatéral que bilatéral.

Mais les démocrates ne donneraient pas de carte blanche à l'administration Bush sans obtenir certaines garanties. De nombreux membres du Congrès ont été élus grâce au soutien indispensable des syndicats. Comme récompense, ces derniers exigent une politique commerciale moins ouverte et qui protège les emplois américains face aux délocalisations ou à la concurrence étrangère.

Ainsi les diplomates américains demanderont désormais d'inclure les conditions de travail dans les négociations commerciales. Plus clairement, ils veulent obtenir le droit de refuser les importations de marchandises fabriquées dans des conditions qui, selon eux, ne respectent pas l'âge minimum des travailleurs, les salaires légaux et les droits syndicaux.

Selon le Wall Street Journal de vendredi, ce compromis entre la Maison-Blanche et les démocrates est acquis. Il leur reste maintenant à convaincre les partenaires commerciaux, ce qui n'est pas gagné d'avance.