Les Etats-Unis peuvent-ils éviter la récession ces prochains mois? Pour l’économiste français Jean-Pierre Petit, beaucoup dépendra du Congrès américain qui dispose jusqu’au 16 décembre pour décider s’il prolonge ou non les baisses d’impôts. «Si ce dernier accepte les mesures en matière de fiscalité et de coupes budgétaires proposées par Barack Obama, il y a moins de 20% de chance de voir la première économie mondiale reculer en 2012. Si, au contraire, il n’y a pas d’accords entre démocrates et républicains, alors la probabilité grimpera jusqu’à 50%.»

De passage à Genève fin novembre pour une conférence organisée par la banque bâloise E. Gutzwiller & Cie, le président des Cahiers verts de l’économie a rappelé que l’économie américaine disposait de nombreux avantages par rapport à l’Europe. «Une fois le choc de confiance de cet été dissipé [ndlr: un accord avait tardé à être trouvé pour relever le plafond de la dette publique], les Etats-Unis ont même renoué avec une croissance de 2% et créé plus de 140 000 nouveaux emplois par mois au cours des trois derniers mois», a-t-il souligné.

L’économiste a en outre écarté tout risque de «japonisation» de l’économie américaine. Tout d’abord, la variable démographique n’est nullement comparable. «La population active diminue au Japon alors qu’elle croît de 1% par an aux Etats-Unis. Si bien qu’en 2030, le taux de dépendance (poids des plus de 65 ans par rapport à la population en âge de travailler) sera de 35% contre 45% en France», a-t-il expliqué.

Quant à la bulle immobilière et boursière qui a éclaté simultanément en 1989-1991 au Japon, elle résultait de niveaux de survalorisation bien plus importants que ceux observés outre Atlantique. «A l’époque, certaines opérations s’étaient conclues à un million de dollars le mètre carré dans le district de Ginza à Tokyo», a-t-il fait remarquer. Or, «les prix immobiliers aux Etats-Unis – après avoir baissé de 45% en termes réels depuis six ans et demi – ne sont, dans leur ensemble, plus surévalués», a-t-il poursuivi.

Risque européen

Autre bonne nouvelle, le désendettement des ménages américains est plus important qu’ailleurs. Quant aux entreprises, «elles apparaissent comme peu endettées avec des taux d’investissements bas qui laissent augurer la poursuite d’un redressement des dépenses favorable à la reprise», a-t-il observé. Finalement, et même si en guise d’introduction Jean-Pierre Petit s’était réjoui «de ne pas devoir parler de l’Europe», les problèmes européens reviennent par la fenêtre. «Il est évident qu’en cas de réalisation d’un risque systémique dans la zone euro, l’économie américaine serait touchée». Selon lui, la croissance aux Etats-Unis se situera entre 1% et 1,5% en 2012, voire plus si un accord fiscal est trouvé entre républicains et démocrates.