Après quatre ans de Trumpisme et en proie à la pandémie de Covid-19, dans quel état se trouve réellement l’économie des Etats-Unis? A quelques semaines de la présidentielle américaine «Le Temps» fait le bilan et vous propose une série d’articles thématique.

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Stephen Roach, économiste américain et maître de conférences à la Yale School of Management, prévoit une reprise de l’économie américaine en forme de W. «Le double-dip est une tendance de longue date qui veut que l’économie replonge en récession après une reprise temporaire, a-t-il écrit fin août pour Project Syndicate. Aux Etats-Unis, le phénomène a été observé lors de huit des onze récessions qui se sont produites depuis la Seconde Guerre mondiale. C’était encore le cas lors de la contraction qui a suivi la crise financière de 2008-2009.»

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L’économie américaine est actuellement en récession. Après avoir accusé un recul (-5%) au premier trimestre 2020, le produit intérieur brut (PIB) a plongé de 32,9% au deuxième. C’est le pire déclin depuis 1947.

L’ambiance était déjà plombée

L’ambiance était déjà plombée avant la pandémie. La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ainsi que la perspective d’une fin de cycle avaient refroidi l’activité. C’est ainsi que l’OCDE avait ramené ses prévisions de croissance américaine pour 2020 à 2%, contre 2,3% en 2019 et 2,9% en 2018.

Les regards sont maintenant tournés vers l’avenir. «En règle générale, plus le ralentissement est sévère, plus les dégâts sont conséquents, plus la convalescence est longue et plus la probabilité d’un double-dip devient élevée», fait remarquer Stephen Roach. L’économie américaine respire depuis deux mois et un net rebond est attendu au troisième trimestre. «Mais ce ne sera qu’une simple question arithmétique, garanti par la réouverture partielle des entreprises qui étaient totalement fermées.»

L’administration Trump a agi

L’administration Trump n’est tout de même pas restée les bras croisés face à la récession. En mars, Washington a approuvé un plan d’aide aux travailleurs et aux entreprises à hauteur de 3600 milliards de dollars. Toutefois, ce dispositif arrive à échéance. Sans un nouveau plan, c’est toute l’économie américaine qui paierait un lourd tribut. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la dette pèsera en 2020 plus lourd que la richesse nationale et atteindra 20 000 milliards de dollars, soit 104% du PIB. En avril 2016, elle s’élevait à 13 800 milliards, soit 76% du PIB.

La Réserve fédérale américaine (Fed) est venue à la rescousse. Elle a porté le taux d’intérêt à zéro et elle a accéléré le rachat de la dette publique et privée afin de maintenir un haut niveau de liquidité dans l’économie.

Accro au stimulus

Mais l’élément décisif qui déterminera les perspectives économiques américaines reste la capacité des autorités à faire face à la pandémie de Covid-19. «L’échec lamentable des Etats-Unis dans le contrôle du virus prolonge non seulement la peur d’être infecté, mais soulève également la possibilité d’une nouvelle vague, souligne Stephen Roach. Une telle éventualité renforce la perspective d’une reprise en W.» La découverte d’un vaccin aura également son incidence sur le climat de confiance des consommateurs et des investisseurs.

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Pour sa part, Thomas Costerg, économiste chez Pictet, tient à attirer l’attention sur la fragilité de l’économie américaine après le choc du coronavirus. «Celle-ci est devenue accro au stimulus budgétaire et monétaire, relève-t-il. Il s’agit d’une fuite en avant. Si on débranche la prise de stimulus, on prend le risque d’une rechute.»

Selon lui, une économie a certes besoin de tuteur dans les phases de choc, mais à terme, elle doit pouvoir se tenir sur ses propres ressorts, que sont les investissements et la productivité. «A ce stade, le rebond est très artificiel car tiré principalement par la consommation des ménages, eux-mêmes sous perfusion d’aides fédérales très généreuses», conclut-il.