Les marchés jouent à se faire peur avec le ralentissement américain. Le scénario d'un atterrissage en douceur de l'économie américaine est largement privilégié par les économistes. Il est soudain devenu moins évident cette semaine après la publication de plusieurs statisques défavorables.

Le moral des ménages s'est détérioré en octobre et leurs dépenses ont marqué le pas. Pendant ce temps, le secteur industriel trahissait des signes supplémentaires de faiblesse. Il n'en fallait pas plus pour que l'aventurier investisseur Jim Rogers affirme que les «Etats-Unis» étaient déjà probablement en récession». La banque Goldman Sachs a fait part de ses craintes d'une répétition de la correction de mai sur le marché des actions.

Ces doutes ont été balayés vendredi. Les entreprises, loin de se serrer la ceinture en prévision d'un passage à vide, ont continué à embaucher à un rythme soutenu. Si le nombre de créations d'emplois en octobre a été modéré (92000) et légèrement sous les attentes, les chiffres des deux mois précédents ont été révisés en très nette hausse (139000). D'un mois sur l'autre, le taux de chômage a reculé de 4,6% à 4,4%.

La santé du marché du travail est le talon d'Achille de l'économie: si les ménages disposent d'assez d'argent pour consommer, les effets du dégonflement de la bulle immobilière pourraient ne pas contaminer les autres secteurs.

A l'opposé, une croissance trop vigoureuse attiserait les craintes inflationnistes. Au troisième trimestre, l'écart creusé entre le coût du travail (+5,3% sur un an) et les gains de productivité (+1,3%) s'est creusé de manière inquiétante. Lorsque les salaires augmentent plus vite que la production par employé, les marges des entreprises se réduisent. Ce n'est pas bon pour les marchés d'actions. Comme les entreprises sont tentées d'ajuster leurs prix de vente pour défendre leurs profits, ce n'est pas bon non plus pour la stabilité des prix. Vendredi, les obligataires ont piqué du nez. Les marchés qui estimaient encore à 50% les chances d'une baisse des taux directeurs de la Réserve fédérale au printemps, parient désormais sur leur maintien à 5,25%.