On y voit comme à travers une pelle. Un vrai jour blanc. Et il neige à gros flocons. Encore. Le manteau atteint 150 cm mais, évidemment, c’est une bonne nouvelle pour tout le monde.

Nicolas Vouilloz vit son trentième hiver sur les pistes des Marécottes. De mémoire, «je ne me souviens pas d’avoir eu de pareilles conditions avant l’ouverture officielle», se réjouit le chef de la sécurité de la station, bonnet de laine multicolore vissé sur la tête et lunettes de soleil en plastique posées sur le nez.

Piquets en bois sur une épaule, il balise méthodiquement les bords de la piste. Avant cela, il avait posé des panneaux indicateurs et fixé des matelas autour de certains poteaux. Il ira ensuite installer des filets de sécurité dans les endroits dangereux.

La nuit dernière, il est tombé 20 cm de poudreuse. Et il en tombera 20 de plus pendant la journée. Mais, en ce matin de première journée d’ouverture, la visibilité quasi nulle a anéanti toute possibilité d’utiliser l’hélicoptère pour aller miner des couloirs et déclencher des avalanches. «Ça fait plusieurs jours qu’on est occupé à déblayer, rassure-t-il, en précisant qu’il s’est aussi et d’abord attelé à sécuriser le village.

Malgré son air un brin nonchalant, on le devine: Nicolas Vouilloz et les deux autres patrouilleurs de son équipe travaillent d’arrache-pied, ces derniers jours. Ils ne sont pas les seuls. Ce samedi 16 décembre, c’est jour de répétition générale aux Marécottes. La petite station valaisanne a ouvert pour le week-end, puis rouvre le 23 décembre pour les vacances de Noël. Ce sera un rendez-vous à ne pas manquer. Ces deux semaines génèrent à elles seules 25% du chiffre d’affaires annuel de la société des remontées mécaniques.

La météo et le Magic Pass

Les employés de TéléMarécottes, les commerçants, les chauffeurs de bus, les hôteliers, les restaurateurs, les employés communaux… «On sent qu’il y a de l’effervescence, on est tous au taquet», témoigne Florian Piasenta.

Lui, c’est l’administrateur de TéléMarécottes. A 33 ans, il est aussi syndic de la commune de Salvan et patron du Zoo des Marécottes. Ici, tout le monde le connaît. Au restaurant de la Creusaz, à quelques mètres de l’arrivée de la télécabine, il serre des mains à la pelle. Tout le monde lui parle des incroyables conditions météo de ce début d’hiver. Mais aussi de l’effet que devrait produire le Magic Pass sur la fréquentation de la station.

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L’abonnement saison à prix cassé pour 25 stations, dont Les Marécottes font partie, est dans la tête de tous ceux qui s’agitent pour préparer les vacances de Noël. Plus de 80 000 abonnements ont été vendus et tous espèrent que, parmi ces dizaines de milliers de skieurs, certains en profiteront pour faire une halte ici.

Par rapport à Grimentz, Crans-Montana ou Villars, Les Marécottes font partie des petites stations de la coopérative créée ce printemps. Située dans la vallée du Trient, à 20 minutes de voiture de Martigny et à 2 km de Salvan, elle revendique 28 km de pistes qui serpentent à des altitudes allant de 2200 à 1100 m.

Le freeride sécurisé

C’est un endroit couru par les ski-alpinistes. Mais on y trouve tout de même de quoi remonter sans effort: une télécabine, un télésiège, un téléski et un tapis pour les enfants. Son site internet indique que 20% des pistes sont noires, 25% sont rouges et 55% sont bleues. Mais, pour être honnête, ces dernières sont plutôt bleu foncé.

La station est aussi reconnue pour ses possibilités de freeride. Le week-end dernier, la partie droite du domaine, dite L’Eau neuve, avait été sécurisée mais pas damée. «Si tu veux avoir le smile, il faut aller l’essayer!» glisse un habitué, en sortant du télésiège du Vélard.

Les Marécottes, c’est aussi la station d’origine du skieur freeride Jérémie Heitz. Et la préférée des frères Falquet. Aux Marécottes, tout le monde se réjouit de la publicité que leurs exploits, filmés ici ou ailleurs, ont offerte à la station.

Mais le Magic Pass peut faire plus encore. Il a le potentiel pour élargir la clientèle, «pour faire découvrir la station à des skieurs qui ne la connaissent pas, espère Anna Tichelli, la responsable de l’Office du tourisme de Salvan-Les Marécottes. Après quatre années difficiles, c’est une super-opportunité, cela nous place dans une bonne dynamique. Nous sommes tous dans l’attente.»

Une tonne de frites

Le Magic Pass est dans tous les esprits. Téléphone collé à l’oreille, Florian Piasenta se débat avec l’une de ses employées. A l’aube de la saison la plus prometteuse depuis cinq ans, les skieurs qui n'avait pas sauté sur l'occasion, lors du lancement de la formule ce printemps, cherchent à tout prix à obtenir un sésame directement auprès de la station. C'est peine perdue, les stocks sont écoulés.

Au restaurant de la Creusaz, le patron a même rendu hommage à l’abonnement qui, au même titre que la neige fraîche, est accueilli comme une bénédiction. Le chef propose un «Magicplat». Lui n’est pas low cost. A 32 francs, cette ballotine de poulet, tagliatelles et légumes est l’un des plats les plus chers de sa carte. «Avant, à Verbier, j’avais trois plats à plus de 58 francs», compare Pascal Pouilly.

Pour lui, ce week-end est un vrai baptême du feu. C’est sa première année dans la petite station familiale. Avant le coup de feu de midi, il évoque un «stress positif». Ce samedi, il a fait venir tous ses employés: une dizaine de personnes, dont quatre en cuisine et un plongeur. «On a pris tout le monde, on verra les compétences de chacun et on affinera les effectifs pour les autres jours de la saison», explique-t-il.

Aujourd’hui, il teste aussi le service à table. «Je l’avais instauré dans le restaurant de Verbier, le chiffre avait augmenté de 20%», argumente-t-il. Il sera satisfait s’il fait 150 couverts ce samedi. Il estime pouvoir en servir 500 par jour, au maximum.

Sa saison, elle, sera réussie s’il parvient à écouler 1 tonne de frites. Pour l’instant, il en a commandé 300 kg. Comme le reste de son stock, ils ont été acheminés au fur et à mesure par les télécabines.

Tout le monde se rode

Pas de doute. Dans la station souffle un vent d’optimisme. Cet hiver «est plus stimulant» que le précédent, assure Jean-Daniel Cergneux, le chef d’exploitation de TéléMarécottes. «Sur cinq personnes à l’accueil et à la surveillance des remontées, nous avons trois nouveaux. Donc tout le monde se rode: les gens et les installations.»

Lui, en revanche, il fait partie des piliers. C’est aussi le cas de l’un de ses trois machinistes, Benoît Claivaz. Voilà vingt ans que la météo décide de son emploi du temps. Ce matin-ci, il a piloté sa dameuse de 4 h à 10 h du matin. En fonction des précipitations et de la température, il travaille chaque soir ou chaque nuit. Il tasse la neige, la remue, la fraise, bref il prépare les pistes avant leur ouverture. A sa manière, lui non plus ne cache pas sa joie d’avoir autant d’or blanc à travailler. «C’est quand même plus agréable que de damer sur des œufs, comme l’année passée.»

Cet hiver, il y a une autre nouveauté qui le ravit: trois dameuses flambant neuves. Des modèles de la marque Pistenbully. «C’est un peu la Ferrari des neiges», rigole l’employé saisonnier qui, le reste de l’année, dirige une entreprise de paysagiste.

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Retour sur les pistes avec le patrouilleur Nicolas Vouilloz. Il nous montre ses champs de neige. Ces petits espaces de quelques mètres carrés, délimités par quatre poteaux au milieu desquels est plantée une sonde, lui servent à accumuler des données, à les communiquer et à mieux prévoir les risques. «Je n’ai pas encore eu le temps de les préparer», explique-t-il. Du temps, il en aura eu un peu plus cette semaine. La station est fermée jusqu’au jour J, samedi.

Sept skieurs sur dix

Lundi, c’était quand même déjà l’heure des premiers comptes: en deux jours, 1160 personnes ont franchi les portails de la télécabine. «C’est très bien, sachant que la météo de samedi était maussade», se félicite Florian Piasenta. Ce jour-là, sept skieurs sur dix étaient détenteurs d’un Magic Pass, selon ses estimations.

Le restaurant a lui aussi fait «un carton». De bon augure. Les réservations de logements ont, elles aussi, fortement augmenté, grâce à l’arrivée plus précoce de la neige. A tel point qu’à l’Office du tourisme Anna Tichelli s’inquiéterait presque du manque de lits disponibles, pour ceux qui voudraient venir ces prochaines semaines.

La saison n’a pas encore vraiment commencé mais, aux Marécottes comme ailleurs dans les montagnes suisses, il y a déjà une certitude: ce Noël sera plus magique que les précédents.