Le Temps: Les Philippines vont vous payer 150 millions de francs d'arriéré de facture dont vous exigez le paiement depuis des années. Pourquoi le passez-vous comme résultat extraordinaire? Aviez-vous amorti cette somme dans le passé, comme si vous aviez renoncé à recouvrer cette somme?

Chris Kirk: Ces 150 millions de francs n'ont pas été amortis. Ne croyez pas que nous avions abandonné dans le passé l'espoir de récupérer le montant de cette facture. Nous avons toujours considéré cet argent comme le nôtre, un paiement pour des services que nous avions effectués contractuellement. La raison pour laquelle nous passons ce revenu en résultat extraordinaire, c'est qu'il vient en plus du revenu ordinaire.

- Comment êtes-vous parvenus à amener le gouvernement philippin à honorer sa dette?

- Nous avons saisi le Centre international pour le règlement des différends, la cour d'arbitrage de la Banque mondiale, comme le prévoit le traité commercial passé entre la Suisse et les Philippines. Il a certes fallu montrer beaucoup de ténacité: la procédure a duré huit ans. Le mérite revient surtout à mon prédécesseur à la direction générale Sergio Marchionne, qui s'est beaucoup investi dans ce combat.

- Avez-vous menacé le gouvernement philippin de se retirer de son pays au cas où il ne ferait pas amende honorable?

- La procédure s'est déroulée de manière correcte en toute bonne foi. Nous n'avons jamais brandi la menace de la délocalisation pour faire valoir nos prétentions. Au contraire, nous avons même accru nos effectifs dans le pays depuis 2000, pour atteindre 600 personnes. Parmi elles, 400 sont employées dans une unité de traitement de données (back-office) à Manille, une entité qui pourrait très bien se trouver dans un autre pays.