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Aux rencontres d’Aix, la dette française disséquée

Malgré l’engagement d’Emmanuel Macron à réduire les dépenses publiques, la dette française a de nouveau atteint cette année un niveau record. Nombre d’économistes, réunis à Aix-en-Provence, s’en alarment

Le titre de la réunion annuelle du Cercle des économistes, à Aix-en-Provence, donne le ton. C’est autour des «métamorphoses du monde» engendrées par la guerre commerciale entre Etats-Unis, Europe et Chine, mais aussi par la montée des régimes autoritaires que les débats économiques et financiers se sont focalisés dès vendredi. Sur la France, un sujet se dégage: comment réduire enfin le train de vie de l’Etat, des administrations et des collectivités locales, à l’an 1 d’un quinquennat Macron marqué du sceau des restrictions budgétaires.

L’actuel président français s’est engagé à réduire les dépenses publiques à hauteur de 4% du PIB d’ici à la fin de son mandat, en 2022. Problème: la dette, elle, continue d’augmenter. Elle atteignait fin 2017 100% du PIB national, soit 2218 milliards d’euros (66 milliards de plus qu’en 2016). Avant la crise de 2008, la dette française était contenue sous les 60% du PIB, en dessous du niveau actuel de la dette allemande, à 68% du PIB.

«Pas de cagnotte à dépenser»

L’un des détracteurs les plus véhéments de cette pente infernale de la dépense et des emprunts, dans un contexte de volatilité politique européenne propice à une remontée brusque des taux d’intérêt, est le professeur au Collège de France Philippe Aghion, pilier du Cercle des économistes. «Avec une dette à hauteur de 100% du PIB, il n’y a pas de prétendue cagnotte à dépenser», a-t-il répété lors de sa première intervention aixoise.

L’institut libéral IREF pointe aussi du doigt l’effet nocif des taux d’intérêt trop bas: «En 2016, la France a emprunté en moyenne à un taux de 0,37%, ce qui allège considérablement la charge de la dette, mais ne change rien à l’importance future du remboursement du capital», avertissent ces experts dans une note récente. Et de poursuivre: «Il y a là une dangereuse illusion, celle d’un endettement «quasi gratuit». Un refrain déjà entonné, en février 2018, par le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud, inquiet de «l’effet anesthésiant» de la croissance française, revue d’ailleurs à la baisse depuis lors. Celle-ci devrait s’établir à 2% en 2018.

Samedi, la question de la dette planera sur l’intervention du premier ministre Edouard Philippe, lors de son déplacement aixois. La dernière étude de l’OCDE, publiée en 2017, envisage pour la France une dette publique à 120% du PIB en 2030 si les taux d’intérêt augmentent de 1,4%, et à 105% du PIB si les conditions actuelles se maintiennent.

Dérapage des dépenses publiques

Dans son rapport, rendu public en septembre 2017, l’OCDE s’inquiétait «du niveau des dépenses publiques de la France, les plus élevées de tous les pays membres de l’organisation. Lesquelles se traduisent inévitablement par une charge fiscale ayant un coût économique et social élevé.» La récente crise de la SNCF a illustré le dérapage des dépenses publiques dans le secteur ferroviaire, l’entreprise accusant un endettement de plus de 50 milliards, dont l’Etat reprendra 35 à sa charge.

Le sujet est d’autant plus d’actualité que le gouvernement français ébauche ces jours-ci son projet de loi de finances pour 2019. Il sera présenté le 10 juillet à la Commission des finances de l’Assemblée nationale. Ce budget, qui sera le premier de plein exercice du quinquennat Macron, doit permettre de faire baisse le poids des dépenses publiques de 54,4% du PIB à 53,5%, afin de rendre possibles les 100 milliards d’euros d’économies envisagés d’ici à 2022.

Problème toutefois: les coupes proposées dans les secteurs du logement, de l’emploi et dans les effectifs de la fonction publique. La France compte 5,6 millions de fonctionnaires ou assimilés, socle de stabilité économique dans un pays toujours marqué par un taux de chômage proche des 10% de la population active. La réforme la plus sensible annoncée pour l’année à venir, qui sera largement débattue à Aix-en-Provence, sera celle du système de retraite français «beaucoup trop coûteux et fragmenté» selon l’OCDE.


Pour suivre les rencontres économiques d’Aix-en-Provence: www.lecercledeseconomistes.fr. La plupart des débats seront retransmis en direct.

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