Dans la longue quête d’un traitement efficace contre l'alzheimer, il ne s’agit encore que d’une étape scientifique. Il faudra attendre des mois, voire des années pour savoir si celle-ci aura marqué un tournant. Toujours est-il que, pour la première fois, un traitement ciblant la protéine tau a montré au stade des essais cliniques un effet thérapeutique jugé significatif.

Développé par la société vaudoise AC Immune et l’américaine Genentech (filiale de Roche), le sémorinemab a ainsi réduit de 43,6% le déclin cognitif chez des patients suivis dans une étude clinique de phase II, destinée à évaluer l’efficacité d’une molécule.

Le médicament fait partie des quatre traitements que la biotech suisse a mis au point pour tenter de neutraliser la protéine tau, soupçonnée d’être largement responsable de la progression de la maladie: en formant des enchevêtrements neurofibrillaires, celle-ci provoque des dommages cellulaires qui finissent par entraîner la mort des neurones.

Prudence de mise

Annoncée mardi avant l’ouverture de la bourse de New York, l’information a provoqué une envolée du cours de l’action d’AC Immune qui est passé de 7 dollars à près de 12 dollars avant de retomber à un peu plus de 9 dollars. Après avoir digéré l’annonce, les investisseurs ont peut-être pris la mesure des obstacles qui restent à franchir: le deuxième principal critère d’évaluation n’a notamment pas été atteint, aucun impact sur la dégradation fonctionnelle de l’état du patient n’ayant été relevé.

Ce constat a incité Andrea Pfeifer, fondatrice et directrice d’AC Immune, à se déclarer «prudente», dans le communiqué de presse qui a rendu ces résultats publics; d’autant plus que les 272 personnes incluses dans les essais ont été suivies sur une période de 49 semaines, un laps de temps court pour une maladie chronique qui évolue lentement.

Depuis le début du siècle, plus de 500 études cliniques ont été menées pour tester des médicaments contre un fléau qui touche quelque 36 millions de personnes dans le monde, selon l’OMS. En 2019, Roche avait par exemple décidé d’abandonner à un stade avancé des essais portant sur un autre anticorps monoclonal d’AC Immune, ciblant, lui, le peptide amyloïde bêta, autre protéine caractéristique de l’alzheimer.

En juin, les autorités sanitaires américaines ont homologué pour la première fois depuis vingt ans un traitement contre la maladie. Mis au point en Suisse, mais racheté par la firme américaine Biogen, l’Aduhelm doit toutefois encore confirmer son efficacité à l’usage.