La chronique des changes

Quel avenir pour la Grèce?

Plus que le remboursement viable de la dette grecque, la stratégie des créanciers d’Athènes vise à éviter un défaut du pays méditerranéen afin de sauver l’Union européenne

L’Eurogroupe, réunion mensuelle des ministres européens des Finances, s’est réuni lundi 9 mai dernier, après le vote du parlement grec d’accepter la réforme des retraites et des pensions, afin d’autoriser une nouvelle tranche d’aide financière de 86 milliards d’euros (environ 95 milliards de francs) vers la Grèce. Ces réformes ont été négociées par le premier ministre grec Alexis Tsipras, élu sur des promesses d’anti-austérité et qui restera sans doute dans l’histoire comme étant l’homme qui a trahi le fameux vote «OXO» (non) lors du référendum de Juillet 2015.

Mécontent de la trahison de ses élites, le peuple grec n’en finit plus de descendre dans la rue pour exprimer son mécontentement de la même manière qu’il n’en finira plus de payer et de travailler. Le montant de la dette est d’environ 314 milliards d’euros et un peu plus de 18 milliards doivent encore être remboursés cette année. Ces montants sont absolument pharaoniques et il convient d’étudier rigoureusement quelles sont les possibilités de l’état Hellène pour rembourser ses créances.

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Tout d’abord, plus que le remboursement total de la dette, la stratégie actuelle des créanciers est d’aider et d’obliger la Grèce à pouvoir rembourser chacune de ses échéances et ainsi d’éviter un défaut. La Grèce est bien sûr virtuellement en défaut et n’a été «sauvé» que par les prêts généreux du Fonds monétaires international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE). Les plans d’aide se succèdent et le ratio dette sur produit intérieur brut (PIB) s’est envolé autour de 180%. Il n’y a guère dans le monde que le Japon pour avoir un ratio supérieur à la Grèce.

De la poudre aux yeux

Les politiques d’austérité, de réduction des dépenses publiques sont en marche et une forte inflation et/ou croissance dans les deux voire trois prochaines décennies seront nécessaires pour désendetter le pays. Pour le moment, l’inflation est négative depuis trois ans et la valeur actualisée de la dette a donc tendance à augmenter. L’Eurogroupe a réaffirmé son engagement à ne pas diminuer la dette grecque mais à aménager les conditions de remboursement. Ce reprofilage actuel de la dette grecque, à savoir des taux d’intérêt moindre pour une plus grande maturité, annoncé comme une grande victoire des politiques grecs, n’est en réalité que de la poudre aux yeux.

Un retour à la croissance de la Grèce est le pari de l’Eurogroupe pour qu’Athènes puisse supporter le fardeau de sa dette. Ses prévisions de la croissance grecque ont toujours été trop largement optimistes voire complètement irréalisables. Ce pari semble alors être difficile à atteindre. En effet, ne serait-ce que pour rembourser les intérêts de la dette, la croissance grecque se doit d’être au moins supérieure à 3%, ce qu’elle est loin de réaliser pour le moment. Elstat le bureau national des statistiques grec montre que le pays affiche pour le moment une croissance négative de 0,4% pour le premier trimestre de cette année.

Réponse actuelle pas viable à terme

Il s’avère également paradoxal que la stratégie employée pour retrouver la croissance passe par une diminution de la demande domestique aux travers de politiques d’austérité massives. Personne n’a pourtant jamais vu une relance économique à travers une réduction des dépenses publiques. La Grèce a donc dû accepter de diminuer les pensions, de ne pas remplacer la majeure partie des fonctionnaires qui partent à la retraite, et d’augmenter ses taxes sur les ménages et les entreprises. Ceci ne représente pas une solution viable à moyen et long terme.

Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a estimé que la Grèce devra assurer, après le reprofilage de sa dette, un excédent de 3,5% de son produit intérieur brut jusqu’en 2040. Autant dire que la plupart des richesses futures créées par le pays seront cannibalisée par ses créanciers. De plus, une récente étude de l’European School of Management and Technology (ESMT) de Berlin a montré que les plans d’aides du FMI et de l’Europe à la Grèce ont permis aux banques européennes ainsi que d’autres créanciers privés de nettoyer leur bilan. Moins de 5% des sommes versées ont réellement contribué au budget grec. Sauver l’Union européenne semble à tout prix être tout ce qui importe.

* Analyste marchés chez Swissquote

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