Le couperet est tombé en fin de matinée vendredi: le Salon de l’automobile de Genève (GIMS) n’ouvrira pas ses portes jeudi prochain. A moins d’une semaine du début de la manifestation, qui devait accueillir plus de 600 000 visiteurs pendant onze jours, les organisateurs ont décidé de son annulation. «Nous en avons informé les exposants. Le démontage des stands a d’ores et déjà commencé et devrait durer dix jours», a déclaré à la mi-journée le président du conseil de fondation du GIMS, Maurice Turrettini, devant la presse.

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«Tous les billets vendus seront remboursés», a-t-il ajouté, invoquant la «force majeure», après la flambée de l’épidémie de coronavirus en Europe et sa propagation en Suisse. L’annonce des autorités fédérales d’interdire les manifestations de plus de 1000 personnes jusqu’au 15 mars a scellé le sort du salon. Ce, après une semaine d’intenses tractations, sur fond de pression croissante, notamment sur les réseaux sociaux, ainsi que des appels à l’annulation de la part de personnalités publiques.

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Les organisateurs prévoient d’importantes pertes, qui seront chiffrées ces prochains jours. Coup dur également pour Palexpo, dont l’existence est historiquement liée au salon, dont il tire 30% de ses recettes (94 millions en 2018). Ce, alors qu’il sera aussi privé cette année de son rendez-vous horloger après l’annulation de Watches & Wonders (ex-SIHH) annoncée la veille. Pour le canton, le manque à gagner sera de 200 à 250 millions de francs, correspondant aux retombées directes et indirectes du salon sur la région (Palexpo en génère 600 millions au total, revendiquant une nuitée sur quatre liée à ses événements).

Pas de plan B

«Un plan B n’était tout simplement pas possible», a de son côté informé le directeur du GIMS, Olivier Rihs, pour qui ce devrait être la première et la dernière édition, puisqu’il quitte son poste à fin avril pour rejoindre l’éditeur Tamedia. «Impossible de maintenir les journées de presse qui réunissent plus d’un millier de journalistes. Tandis que la transmission d’événements en ligne nécessiterait 2000 personnes sur le site», a-t-il précisé. Quant au report à une date ultérieure, les organisateurs pointent les obstacles logistiques à réunir 160 exposants sur 100 000 mètres carrés pendant plus de dix jours.

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«Ceux-ci pourraient à l’avenir se montrer plus réservés après les pertes colossales qu’entraîne cette annulation», note Philippe Clément, journaliste automobile. D’autant qu’elles vont trouver d’autres dispositifs pour communiquer sur leurs nouveautés; «est-ce qu’elles attendront un prochain salon pour le faire?» s’est interrogé Maurice Turrettini.

Crise existentielle

«C’est d’autant plus regrettable que cette édition devait être celle du renouveau», commente Philippe Clément. Car comme de nombreux salons, la grand-messe de l’automobile est confrontée à une désaffection des visiteurs et des exposants, sur fond d’essor du commerce en ligne: l’an passé la fréquentation a chuté de 9%. Pour cette année, le GIMS avait déjà indiqué devoir puiser dans ses réserves pour faire face à la perte de 20% de surface louée.

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De quoi s’interroger sur la pérennité du Salon de l’automobile, dont la prochaine édition est prévue du 4 au 14 mars 2021, «théoriquement», a souligné Olivier Rihs. Et plus généralement de ces grands rendez-vous, en perte de vitesse, qui devront éponger les pertes liées aux annulations. Dernière défection en date, la foire horlogère rhénane Baselworld qui reporte son salon de fin avril à janvier prochain.

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