Social

Avenir Suisse critique l’initiative pour un revenu de 2500 francs

Le peuple suisse devra se prononcer en 2015 ou 2016 sur l’initiative en faveur d’un revenu de base inconditionnel (RBI). Le laboratoire d’idées dénonce un projet «immoral» et «antisocial». Les initiants proposent un véritable changement de société: ne travaille que celui qui le veut et non plus celui qui le peut

Avenir Suisse critique l’initiative pour un revenu universel

Social L’idée d’un montant de 2500 francs mensuel à chacun ne plaît pas

Le laboratoire d’idées dénonce un projet «immoral» et «antisocial»

Le peuple suisse devra se prononcer en 2015 ou 2016 sur l’initiative en faveur d’un revenu de base inconditionnel (RBI). C’est un véritable projet de société, a expliqué mardi à la presse, à Zurich, Lukas Rühli, chef de projet d’Avenir Suisse. L’initiative, déposée en octobre dernier avec 126 000 signatures, veut introduire un droit fondamental à un revenu uniforme de 2500 francs par mois pour tout adulte (et 625 francs par enfant de moins de 18 ans) et sans contre-prestation. Il remplacerait tous les instruments actuels de protection sociale. Aucune condition n’est exigée, ni besoin, ni recherche d’emploi.

Si exceptionnellement le laboratoire d’idées s’exprime sur un thème de votation, c’est en raison des aspects fondamentaux de la proposition. Un nouveau paradigme: Avec le RBI, ne travaille plus qui le peut mais qui le veut, qu’il soit en bonne santé ou invalide, observe Gerhard Schwarz, directeur d’Avenir Suisse.

Lukas Rühli qualifie le concept d’«immoral». Il vise à garantir une vie confortable, à chaque habitant et sans effort, dans un pays riche et en vertu des standards locaux, alors qu’ailleurs, des hommes meurent de faim.

Gerhard Schwarz se dit «choqué» par le large soutien obtenu par cette thèse. «Même des personnes se disant libérales appuient cette idée. Certes, le RBI supprime une contrainte, celle de travailler, et simplifie l’Etat social. Mais le libéralisme ne se résume pas à l’élimination des contraintes. Ce serait oublier qu’il n’y a pas de liberté sans responsabilité individuelle. En outre, le RBI crée un fardeau pour la société. Il n’est donc en rien libéral», fait valoir l’économiste.

Le projet coûterait 200 milliards de francs, soit 34% du PIB actuel. Si 60 à 70 milliards seraient couverts par les impôts et cotisations sociales, il manquerait encore 130 à 140 milliards. Le taux de TVA devrait se hisser à 56% si l’on maintient les cotisations sociales et même à 80% en l’absence de celles-ci, selon Avenir Suisse.

Lukas Rühli dénonce aussi le projet parce qu’il modifie les incitations des citoyens, notamment pour les jeunes.

Le projet est enfin «antisocial» dans la mesure où, pour les plus démunis, il se traduit par une ­régression sociale. Les initiants ­semblent s’en être aperçus et affirment maintenant désirer maintenir une partie des allocations. Ils minent ainsi leur concept de base.

La philosophie de l’initiative se base sur l’idée que le progrès technique rendra le plein emploi extrêmement difficile. Götz Werner, un partisan allemand du RBI, pense que 20% de la population actuelle devrait suffire pour maintenir l’économie à son stade de développement actuel. L’histoire a montré que ce mode de pensée était dénué de tout fondement. Le progrès technique a permis une réduction du temps de travail et une hausse des salaires en liaison avec les gains de productivité, explique Lukas Rühli.

Avenir Suisse relativise par ailleurs les frais administratifs liés à la protection sociale. «Ils ne sont pas significatifs en comparaison aux transferts», selon Lukas Rühli. Ils coûtent 3 milliards de francs, y compris les frais de réinsertion, l’aide juridique, les allocations familiales, l’aide aux jeunes. C’est peu par rapport aux 70 milliards de francs de transferts.

Avenir Suisse préfère l’idée de subventions salariales (Earned Income Tax Credits, ou EITC). Il s’agit de crédits d’impôts liés à l’activité professionnelle. Chaque franc de revenu serait «subventionné» à hauteur de 40 centimes supplémentaires par exemple jusqu’à un revenu annuel de 25 000 francs. Le taux marginal de l’EITC est alors de -40% jusqu’à un revenu imposable de 25 000 francs, 0% entre 25 000 francs et 30 000 francs, et 33,3% jusqu’à 60 000 francs.

Le peuple devra se prononcer en 2015 ou 2016 sur l’initiative en faveur d’un revenu de base inconditionnel

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