Un éclatement de la zone euro est-il possible? La crise économique, les montées nationalistes, le Brexit, le référendum italien, les politiques d’austérité sont autant d’éléments qui mettent clairement l’Union européenne (UE) sous pression. La monnaie unique est souvent accusée d’être une catastrophe car elle aurait engendré l’apparition de bulles financières notamment sur l’immobilier et les dettes publiques. En plus de cela, l’impossibilité des nations à dévaluer leur monnaie pour gagner en compétitivité est un problème majeur en temps de crise.

Il est clair que l’Union européenne, avec ses politiques de déréglementation et son libéralisme exacerbé, a participé à rendre moins compétitifs certains de ses pays membres les plus riches à cause des délocalisations de main-d’œuvre vers des pays où le coût du travail est moins cher.

Partis nationalistes et vague souverainiste

Ainsi, dans nombre de pays européens, plusieurs études montrent que les générations actuelles vivront moins bien que leurs parents. C’est sur ce terreau que les partis nationalistes prolifèrent. C’est en surfant sur cette vague souverainiste que le Front national est en train de tenter d’orienter le débat de l’élection présidentielle française sur la question de l’appartenance à l’Union européenne.

D’autres pays européens se montrent également eurosceptiques. Aux Pays-Bas où les élections législatives se tiendront le 15 mars prochain, le parti de Geert Wilders est en bonne place pour obtenir un nombre de sièges important au parlement néerlandais. Il est à noter que les autorités néerlandaises ont approuvé à l’unanimité une enquête visant à savoir s’il est possible pour le pays de quitter la zone euro. La réalité montre donc bien que de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’impasse économique dans laquelle se trouve la construction européenne. En ces temps de crise, l’unité de l’UE semble bel et bien voler en éclats.

La question de la Grèce revient au premier plan

Les tensions sont donc partout. D’ailleurs, comme chaque année, la Grèce revient petit à petit au centre de l’attention. La question est habituelle: «Est-ce que la Grèce va pouvoir rembourser sa dette?» Pourtant il est clair que la Grèce n’est pas en mesure de la rembourser car la charge de sa dette est bien trop importante. Il faudrait qu’Athènes puisse dégager à partir de 2018 un excédent budgétaire supérieur à 3,5% du produit intérieur brut (PIB). Cet objectif est clairement inatteignable. Rappelons que la dette publique grecque a augmenté de manière exponentielle depuis son entrée dans la zone euro pour atteindre 180% de son PIB l’année dernière et que les politiques d’austérité mises en place par la troïka pour tenter de réduire la dette grecque ont fait perdre au pays au moins 27% de son PIB depuis 2010.

Alors, quand l’Allemagne s’oppose à un plan d’allégement de la dette grecque par le FMI, il n’est pas insensé d’imaginer que les Allemands souhaitent voir les tensions de la zone euro augmenter car il est évident que leur soutien envers la monnaie unique n’est plus inconditionnel. Nous devrions voir la question européenne revenir dans le cadre des élections fédérales allemandes du mois de septembre 2017.

Tensions et incertitudes

Ces incertitudes sont source de tensions et vont clairement peser dans les prochains mois sur les marchés financiers, qui voient toujours d’un mauvais œil le retour du protectionnisme économique. Depuis le début de l’année, le taux à dix ans français se trouve quasiment à 1% et il est probable de voir ce taux s’envoler si Marine Le Pen est élue car un référendum sur un potentiel Frexit deviendra dès lors probable. Notons également que le Brexit ne semble pas être, pour le moment, une catastrophe, vu les données économiques.

Du côté de la Banque centrale européenne (BCE), le calme règne et l’heure est toujours et encore aux politiques monétaires accommodantes et aux subventions pour protéger de la déréglementation pourtant engendrée par le même système (politique agricole commune). Cette année 2017 s’annonce clairement mouvementée.


* Analyste marché, Swissquote

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