Technologie

Avertissement lancé contre Huawei en Grande-Bretagne

Un groupe de réflexion estime qu’il serait naïf et irresponsable de laisser l’équipementier chinois construire des réseaux 5G

Initiée aux Etats-Unis, la controverse autour de Huawei trouve actuellement son épicentre en Grande-Bretagne. Mercredi, un groupe de réflexion (think tank) a averti que laisser l’équipementier chinois construire des réseaux de téléphonie mobile 5G serait «au mieux naïf, au pire irresponsable». Cet avertissement intervient à un moment crucial: c’est en mars ou en avril que le gouvernement britannique doit décider de laisser ou non Huawei édifier des réseaux 5G dans le pays. Les Etats-Unis ont déjà banni cette société, l’accusant – sans preuve publiée – d’espionnage à la solde de Pékin. Rappelons qu’en Suisse la société chinoise développe le réseau mobile de Sunrise et construira son réseau 5G. Les 1er et 2 avril, la commission de la politique de sécurité du Conseil des Etats évaluera les risques que peut faire peser la société.

Selon un membre du groupe de réflexion Royal United Services Institute (RUSI), cité par le Financial Times, «l’histoire des cyberattaques chinoises montre que Pékin veut accéder à une large gamme d’informations, dans le domaine de l’industrie, du commerce, de la technologie, de la défense ou de la politique». Et la 5G sera justement cruciale pour connecter des éléments critiques d’infrastructure nationale, rappelle le RUSI, qui estime que Pékin pourrait alors espionner plus facilement en Grande-Bretagne. De plus, ajoute le think tank, si Londres devait laisser Huawei œuvrer sur son territoire, les liens de confiance avec ses alliés français, allemand et japonais pourraient être brisés.

«Vive inquiétude»

Cet avertissement fait suite à une appréciation opposée relayée lundi, toujours par le Financial Times. Le quotidien britannique affirmait que le service de renseignement britannique pour la cybersécurité (NCSC) estime possible de limiter les risques liés à l’utilisation dans la 5G d’équipements de Huawei. Contacté, le NCSC n’a pas confirmé cette position, qui, si elle se révélait exacte, trancherait avec l’avis du ministre de la Défense, Gavin Williamson. En décembre, il avait exprimé sa très «vive inquiétude» par rapport à Huawei.

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Face à cette polémique, et sans attendre une décision formelle du gouvernement britannique, les opérateurs jouent la prudence. Selon l’AFP, l’opérateur historique BT a annoncé qu’il retirait des équipements Huawei des réseaux 3G et 4G déjà en service, assurant toutefois que le groupe chinois restait un fournisseur important. De son côté, Vodafone a suspendu ses achats d’équipements Huawei.

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Huawei offensif

En parallèle, Huawei se défend. Mardi, son fondateur, Ren Zhengfei, a affirmé à la BBC que «le monde ne peut pas se passer de nous car nous sommes plus avancés» que la concurrence. «Les Etats-Unis ne pourront pas nous écraser», a-t-il aussi déclaré, ajoutant que «même s’ils arrivent à convaincre davantage de pays de ne pas nous utiliser temporairement, nous pouvons toujours réduire nos effectifs et devenir plus petits».

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