Ce matin, j’ai ouvert mon compte e-mail, j’ai lu mes RSS, j’ai été sur Skype pour faire une réunion d’affaires, j’ai été sur LinkedIn et j’ai acheté dans la soirée deux morceaux de musique sur iTunes. Je ne suis pas allée sur le Web.

J’ai regardé mon fils. Il est allé sur Facebook, iTunes et sur la TSR regarder une émission d’«Infrarouge». Il arrive toujours au petit déjeuner avec son iPhone, ouvert sur sa musique, ce qui ne l’empêche pas de lire le journal du matin, sur papier. Il est très peu allé sur le Web.

Ma collègue à la HEG a pris ses e-mails et a préparé ses cours sur la plateforme Second Life pour ses étudiants. Elle peut ainsi partager ses connaissances, quel que soit le lieu. Elle n’a pas utilisé le Web.

Deux de mes étudiants à la HEG ont passé leur temps sur Facebook et sur Twitter et ont utilisé leur temps libre à jouer à «World of Warcraft», sur Internet. Ils font partie d’une communauté de plus de 10 millions de joueurs. Ils apprennent, me disent-ils. En effet, selon Reeves et Read dans leur livre «Total Engagement» (www.totalengagement.org), jouer sur le Net n’est pas antinomique à l’apprentissage. Certains dénicheurs de talents auront sûrement un grand intérêt à demander dans les entretiens d’embauche à quel niveau de joueur est le candidat. Mes étudiants apprennent sur le Net, mais ne sont pas allés sur le Web.

On naviguera de moins en moins. La grande majorité de ce qui se passe sur le Net, ce sont les échanges entre deux personnes, des machines qui se connectent entre elles, des jeux comme «World of Warcraft», des téléphones en VOIP (voice over IP), la télévision gratuite en continu, du e-commerce.

Plus intéressant encore: le Net ne cessera de grandir, car son accès via des appareils mobiles sera plus important que celui par ordinateur. Un écran plus petit, qui induit une application plus simple avec des fonctions limitées: participer, partager ou obtenir. Pas naviguer. L’application Shazam est un exemple de réussite et Google Maps est plus utile sur le mobile que sur votre PC. Qu’en pensez-vous?

Paradoxalement, je pense que toutes les marques et sociétés qui possèdent un site web ont fait quelque chose d’utile. Ne pas en avoir serait une erreur. Cela rassure et permet de bien réfléchir à ne publier que ce que les gens veulent savoir, plutôt que tout ce qu’elles veulent dire.

Où se cache l’erreur? C’est que bien souvent, l’objectif des marques et sociétés sur le Web est de construire de l’attention, de la réputation, de la prise de contacts. Qu’elles sachent pourtant que les internautes ne sont pas des consommateurs, mais des utilisateurs. Ils ne veulent pas qu’elles attirent leur attention, ils veulent participer, mixer, rediriger leurs trouvailles. Qu’elles se déploient donc sur le Net, pas seulement sur le Web!

La majorité des utilisateurs continueront à chercher les marques sur les sites web et échanger par e-mail. Ceux qui souhaitent interagir et qui veulent s’engager ne cesseront de croître. Internet, ce que n’est pas le Web, il devient un moyen par lequel l’imaginaire peut se développer si on sait s’engager.

Engager, c’est au-delà de l’attention, c’est écouter deux fois mieux. Allez voir ce que QoQA.ch fait sur la Suisse. A minuit, on se lève pour voir ce qu’ils ont à proposer. Une offre, c’est une approche où le plaisir de servir sur le Net se fait sentir: audace, décalage et alignement sur l’Internet de demain.

J’aurai passé la journée à écrire, sans aller sur le Web, ni sur le Net. Mais je vais finalement y aller pour voir une nouvelle inscription: shang-xia.com, un site sur une marque qui se veut du XXIe siècle… Et qui nous montre que des surprises et de l’innovation sont encore possibles, même sur le Web.