Au-delà de la dégringolade du prix du baril, des incertitudes sur la croissance mondiale, des difficultés des pays émergents et des vicissitudes de la devise chinoise, la déroute du secteur bancaire en Europe constitue la véritable mauvaise nouvelle de ce début d’année. Après coup, en regardant dans le rétroviseur, les raisons semblent forcément évidentes: les résultats des banques du Vieux Continent pour le quatrième trimestre 2015 ont été – au mieux – très décevants, l’action de plus en plus musclée de la BCE («QE» et taux négatif) rogne les marges d’intérêt, les flux et les commissions de gestion se tarissent, tandis que les frais et le coût du capital s’envolent. Ajoutez à cela quelques inquiétudes sur l’exposition aux secteurs de l’énergie et des matières premières, une grosse montagne de prêts douteux qui dort encore au sein des (plus petites) banques italiennes, une régulation qui grippe plus qu’elle n’huile le système bancaire et vous avez là un cocktail explosif. Ou plutôt un cercle vicieux où la baisse appelle la baisse avec le risque, in fine, que le crédit, véritable oxygène pour nos économies développées (lire vieilles et endettées), et courroie de transmission de la politique monétaire, se resserre… étouffant ainsi les velléités de croissance. La fragilité du système bancaire européenne est donc devenue le principal danger pour les marchés et l’économie.

Mais pourquoi les grandes banques américaines ne souffrent-elles pas de ces maux ou en tout cas pas de manière aussi aiguë? C’est la question que doivent se poser et résoudre au plus vite les membres de la BCE avant leur réunion de mars, ainsi que les autorités politiques et monétaires qui se retrouveront à la fin du mois pour un G20 à Shanghai. En effet, il y a deux problèmes fondamentaux: la réglementation et la politique monétaire. Alors qu’on impose dorénavant à toutes les banques les mêmes règles au niveau international, ces dernières sont parfois très différentes aussi bien au niveau du modèle d’affaires que de la structure du capital. Notez par exemple que 80% du crédit dans la zone euro provient directement du système bancaire contre seulement 25% aux Etats-Unis. Les exigences réglementaires ont donc un impact plus important sur le rôle et le coût d’intermédiation du secteur bancaire en Europe.

Cette distorsion est ensuite amplifiée par la BCE. Elle semble dorénavant préférer enfoncer encore plus les taux en territoire négatif (appliqués de manière bien plus étendue et stricte qu’en Suisse) que de se résoudre à acheter du «crédit». Les marchés ne s’y sont pas trompés: il ne s’agit de rien d’autre que d’un nouvel impôt qui fragilisera davantage le système bancaire mais qui ne restaurera pas la confiance… élément fondamental du crédit.