La chronique des changes

Avis de tempête sur les devises

Depuis 2008, il n’y a plus de trêve estivale sur le marché des changes. Face à ce constat, l’accroissement de la perception du risque qui prévaut depuis quelques semaines ne peut donc apparaître comme étant uniquement lié aux rebondissements interminables du dossier grec. L’éclatement de la bulle spéculative à l’œuvre en Chine, l’instabilité de l’Ukraine et le défaut de paiement de Porto Rico sont autant d’incitations à aller vers les valeurs refuges. Ainsi, sur les trois derniers mois, par anticipation à un été agité, les investisseurs sont revenus nombreux à l’achat sur le franc suisse. Selon Bloomberg, la monnaie helvétique s’impose comme la devise majeure ayant connu la plus forte appréciation depuis le début de l’année, en dépit de la menace d’intervention de la Banque nationale suisse (BNS) sur les changes.

Pour l’instant, le marché se focalise principalement sur les conséquences du non cinglant au résultat du référendum grec et sur l’échéance du 20 juillet, lorsque Athènes devra rembourser à la Banque centrale européenne (BCE) 3,5 milliards d’euros. Le non-remboursement de cette somme entraînera inévitablement la remise en cause du programme ELA de fourniture de liquidité aux banques grecques ouvrant la voie à une nationalisation d’urgence du secteur bancaire hellénique. Un scénario catastrophe qui ne manquera pas de conduire, à moyen terme, à une sortie de la Grèce de la zone euro.

Mais la Grèce n’est certainement pas la principale menace qui pèse sur les marchés cet été, un accord politique entre Athènes et ses créanciers restant probable. A contrario, la situation en Chine apparaît bien plus menaçante, une situation qui pourrait rapidement devenir incontrôlable et gripper la croissance mondiale. Le constat est sans appel: rien ne va plus sur les bourses de Shanghai et de Shenzen. Malgré la baisse par la banque centrale chinoise de ses taux à court terme à un an, la panique n’a pas été stoppée en bourse. Depuis le 12 juin dernier, l’indice Shanghai Composite a perdu près de 25% de sa valeur, soit l’équivalent de la capitalisation boursière du CAC 40 qui s’est envolé en l’espace de deux semaines. Chaque rebond est suivi d’un nouveau plongeon, ce qui fait craindre l’éclatement de la bulle spéculative chinoise qui a connu une hausse de 100% en un an, une progression alimentée par le recours massif par les particuliers à l’endettement. Aujourd’hui, une transaction sur cinq est faite en ayant recours à la dette sur le marché boursier chinois et la conjoncture est morose dans tout le pays, marquée par un repli des échanges extérieurs et un secteur manufacturier en ralentissement. Une situation symptomatique d’une période de bulle spéculative.

La contagion à d’autres places boursières a pour l’instant été endiguée car la bulle chinoise n’est pas la préoccupation du moment. Mais en cas d’accord sur le dossier grec, il est probable que les investisseurs regardent de plus près l’évolution erratique de la bourse en Chine. Le cauchemar de la BNS se réaliserait alors face à des investisseurs qui se replieraient encore plus sur le franc suisse… * Economiste chez Saxo Banque (France)