Amoindris par des performances en baisse depuis le début de l'année, diminués par des retraits importants de la part des déposants, les hedge funds sont confrontés pour la première fois de leur courte histoire à une baisse massive de leurs avoirs. La fortune totale pourrait chuter à 1400 milliards de dollars après avoir atteint un pic aux alentours de 1900 milliards à la fin de l'année dernière, selon une étude de Morgan Stanley.

Cette estimation est corroborée par l'expérience de gérants de hedge funds et de responsables de fonds de fonds détenus par des banques. «L'indice HFR, qui sert de référence à l'industrie, affiche une baisse de 20% depuis le début de l'année. Les retraits sont supérieurs à 10% des avoirs moyens des portefeuilles. La baisse devrait être supérieure à 30%», avertit Jean-Evrard Dominicé, gérant de hedge funds genevois, qui rappelle cependant que les principaux indices d'actions ont reculé de 45% en moyenne depuis le début de l'année.

Les gérants se voient réclamer de l'argent de tous les côtés. Les déposants, inquiets par une baisse des performances hors norme, cherchent à sortir d'une classe d'actifs qui peine de plus en plus à remplir sa promesse de protéger le capital face aux baisses. Les banques, elles-mêmes confrontées à des difficultés persistantes de refinancement, cherchent à rapatrier une partie au moins des prêts qu'elles ont accordés aux fonds. Les fonds de hedge funds enfin, gérés par des banques spécialisées, anticipent des demandes de remboursements de la part de clients et de banques et retirent une partie de leurs avoirs déposés dans des fonds.

Accélérateurs

Les banques créancières ont aussi cherché à la fin septembre et au début d'octobre à éviter d'être prises au piège d'une faillite bancaire du type de celle de Lehman Brothers. Le géant de Wall Street tombé en faillite le 15 septembre servait de prime broker - banque déposante et créancière - pour de nombreux hedge funds. Sa chute a considérablement compliqué la tâche des gérants de ces fonds, de leurs autres banques et de leurs clients.

Cette faillite avait du reste provoqué une autre vague de débouclage des positions spéculatives, celles que des créanciers, notamment des banques régionales allemandes, se sont soudain vus détenir. Ils avaient prêté de l'argent à Lehman Brothers contre garanties. Parmi celles-ci figuraient des hedge funds déposés chez elle et que la grande banque new-yorkaise avait réhypothéqués. «Le débouclage de ces positions a été l'un des moteurs de la grande baisse des marchés boursiers de la fin de septembre et du début d'octobre», résume Jean-Evrard Dominicé.

Tous les hedge funds ne sont pas touchés dans la même amplitude. Les stratégies les plus affectées sont celles qui jouent sur les ventes à découvert (long/short) et sur les anticipations d'événements (event driven). En revanche, les fonds qui jouent sur la revalorisation d'actifs pourris ou sur la volatilité des marchés s'en tirent nettement mieux, leurs stratégies étant mieux positionnées pour faire face aux turbulences des marchés.