«Nous avons sélectionné 36 start-up innovantes issues de pays émergents»

Innovation Alisée de Tonnac, cofondatrice de Seedstars World, veut étendre son champ d’action

Les sociétés se présentent ce mercredi lors de la conférence Lift

Agée de 27 ans à peine, Alisée de Tonnac vendait, comme elle dit, «des rouges à lèvres très chers» pour L’Oréal à Milan. Licenciée HEC de l’Université de Lausanne, elle a tout lâché en 2013 pour lancer avec Pierre-Alain Masson la société genevoise Seedstars World, dont la mission consiste à repérer des start-up prometteuses dans les pays émergents.

Pour la deuxième année consécutive, les jeunes pousses présélectionnées se présenteront aujourd’hui à Genève, dans le cadre de la conférence Lift, le rendez-vous des technologies et de l’innovation.

Le Temps: Combien de sociétés ont été présélectionnées?

Alisée de Tonnac: Nous avons sillonné 36 pays et sélectionné 36 start-up, contre 20 l’année passée. Nous travaillons avec des partenaires locaux, à savoir des incubateurs et des réseaux d’investisseurs qui effectuent une présélection. Ces entrepreneurs, tous invités par Seedstars World, ont participé, en début de semaine, à une formation de deux jours à Lausanne. Soutenus par des mentors, ils ont appris à se vendre devant un parterre d’investisseurs. Au final, les dix start-up les plus prometteuses se présenteront ce soir.

– Peut-on parler de pays émergents plus novateurs que d’autres?

– Dans certains pays, du fait qu’il y a tout à faire, l’innovation peut aller très vite. Il est difficile de choisir un pays plutôt qu’un autre. Le Japon, la Corée du Sud, la Russie ou Singapour présentent davantage de sociétés de haute technologie. Toutefois, l’innovation peut aussi concerner un processus de production, un service ou un réseau de vente.

– Que font ces start-up?

Au Nigeria, par exemple, un entrepreneur transforme du plastique en fioul. Au Kenya, la start-up OkHi développe un système de géolocalisation pour transporter des colis à des habitants alors que les adresses sont inexistantes. En Afrique du Sud, Lumkani a créé une alarme bon marché destinée à prévenir les risques d’incendie dans les bidonvilles. Enfin, je peux encore citer l’exemple d’une société à Dubaï qui a conçu un logiciel couplé à un périphérique de type Kinect qui traduit le langage des signes en paroles.

– Quel est le soutien financier proposé au lauréat?

– Le lauréat final pourra décrocher jusqu’à 500 000 francs. Parallèlement, nous venons de lancer une plateforme de financement participatif, dénommée Seedstars World Crowdfunding. Nous espérons récolter 500 000 francs supplémentaires.

– Comment est financé Seedstars World?

– Nous ne divulguons pas notre budget. Seedstars World est soutenu par l’incubateur genevois Seedstars, qui a lancé plusieurs start-up en Suisse. Nous vivons grâce à un modèle de sponsoring et collaborons avec les cantons ainsi que différentes sociétés, à l’exemple de Temenos, la banque Edmond de Rothschild, Evasan ou Galixo. Nos partenaires veulent se rendre visibles dans cet écosystème de l’innovation. Ils y voient aussi une ouverture sur un éventuel partenariat ou un investissement dans une start-up émergente. C’est aussi une façon de s’agrandir géographiquement.

– Que deviennent les lauréats 2014?

– Il y avait deux gagnants l’année passée. Simplepay, un PayPal nigérian. La société se développe bien mais le chemin est encore long. Quant à Flitto, en Corée du Sud, il a levé 4 millions de francs et a conçu une communauté qui regroupe désormais près de 4 millions d’utilisateurs. Le service permet d’envoyer un texte. Dans la minute qui suit, les autres utilisateurs le traduiront dans la langue sélectionnée. Ceux-ci sont payés en points Flitto, en fonction du nombre de mots traduits. Ces points peuvent être utilisés pour effectuer des achats sur des sites d’e-commerce, faire des donations, ou tout simplement être convertis en liquidités ou être utilisés pour demander des traductions.

– L’aventure se poursuivra en 2016?

– Absolument. L’équipe de Seed­stars World sera encore étoffée. Nous sommes cinq actuellement et nous pensons doubler nos effectifs. D’autres partenaires ont prévu de nous soutenir. Nous souhaitons étendre nos activités à cinquante pays.