Le Temps: Votre fonds investit dans des hedge funds qui suivent des stratégies dites d'arbitrage et de valeur relative (relative value). En quoi consistent-elles?

André Heusser: Le principe général de ces stratégies consiste à exploiter les anomalies de prix entre deux actifs qui ont une certaine corrélation, une obligation convertible et son sous-jacent par exemple. Les fonds du portefeuille, au nombre relativement stable d'une vingtaine, suivent plusieurs types de stratégie: arbitrage sur le marché des convertibles, sur celui des taux d'intérêt ou encore sur les opérations de rachat, de fusion ou de mise en faillite de sociétés comptent pour les plus grands styles du fonds.

Nous investissons aussi dans des fonds qui combinent plusieurs de ces stratégies en même temps. Mais nous évitons les fonds dits directionnels, comme ceux qui adoptent les stratégies long/short ou global macro. Dans ces cas, le gérant fait un pari sur l'orientation d'un marché. Nous privilégions ceux qui au contraire vont couvrir le risque de marché pour uniquement jouer sur le risque spécifique du titre.

La sélection des gérants prend du temps. Généralement deux à trois mois d'évaluation quantitative et qualitative. Si l'on considère le total des actifs, les fonds d'arbitrage et de valeur relative représentent environ 30% de l'univers alternatif (600 milliards de dollars au total pour environ 5500 fonds). Nous en couvrons (les fonds d'arbitrage et de valeur relative) environ 80, dont 24 figurent sur notre liste de «prefered funds», c'est-à-dire dans lesquels nous investissons de manière discrétionnaire pour les produits (fonds de fonds) et les mandats.

Enfin, nous sommes en contacts très réguliers avec ceux que nous avons sélectionnés. Nous surveillons particulièrement le levier qu'ils utilisent. Dans ce domaine de l'arbitrage, il n'est pas rare qu'il soit entre deux et trois fois les actifs investis.

– Avec les opérations en cours sur Pechiney ou encore Centerpulse, la période sourit aux stratégies liées aux fusions et acquisitions. Avez-vous augmenté leur part dans le portefeuille?

– Effectivement, le marché des fusions acquisitions connaît un regain d'activité depuis quelques mois. Cette stratégie consiste à tirer parti de ces opérations, par exemple en achetant le titre de l'entreprise cible et en vendant à découvert celui de la société qui a lancé l'opération. Le gérant compte profiter de l'évolution du prix de ces actions au cours de l'offre d'achat s'il s'agit d'une OPA par exemple.

Nous avons accru la part du fonds consacrée aux stratégies «merger arbitrage» à 6%. Mais l'allocation du portefeuille reste assez stable dans le temps.

– Le fonds affiche une performance annualisée supérieure à 6% depuis son lancement en 1995. Mais avec quel risque?

– Contrairement à de nombreux fonds qui investissent dans l'alternatif, nous disposons d'un véritable historique. Depuis 1995! Notre objectif est d'offrir un rendement proche des rendements obligataires internationaux, mais avec une volatilité, donc un risque, moindre. Ce que nous avons réussi à faire depuis le lancement du fonds: 6,47% de rendement annuel moyen contre 5,25% pour notre indice de référence, le Salomon World Government Bond Index. Cependant, notre rendement a été obtenu avec une volatilité annualisée de seulement 3,7%, contre 6,4% pour l'indice.

Cette mesure du risque du fonds est, il est vrai, critiquée par certains. La volatilité, mesurée par l'écart type, s'applique en effet aux distributions statistiques dites normales. Or, on ne retrouve pas ces distributions dans l'univers des hedge funds. Néanmoins, il n'existe pour l'instant pas d'autre mesure du risque. Enfin, la critique vaut moins pour les stratégies d'arbitrage que pour celles qui sont directionnelles, car plus volatiles.