L’invité

AVSplus: un cadeau, vraiment?

L’initiative AVSplus réclame une hausse de toutes les rentes AVS de 10%. En cas d’acceptation, c’est un surcoût annuel de plus de 4 milliards de francs qui serait mis à charge de l’AVS dès 2018

Notre 1er pilier est-il riche à ce point pour que l’on puisse se permettre d’augmenter les rentes de tout le monde, y compris les plus aisés? A cette question, pas de réponse sérieuse: le problème est écarté du revers de la main par les syndicats et les partis de gauche.

Et pourtant: en 2014, des représentants des Vert et du PS justifiaient l’introduction d’un impôt fédéral sur les successions pour parer à l’évolution démographique et au sous-financement menaçant l’AVS. Mais leur initiative a été balayée en votation. Le discours sur les soucis financiers de l’AVS a disparu dans les oubliettes en même temps. L’argumentaire de l’Union syndicale suisse affirme désormais que l’AVS se porte bien.

Le fonds AVS à sec en 2030?

C’est pourtant, malheureusement, l’inverse qui est vrai. L’AVS affiche désormais des chiffres rouges. En 2014 et en 2015, le compte de répartition (dépenses moins recettes, sans les résultats de placement) était négatif. La première année, les résultats de placement avaient encore juste équilibré les comptes. Mais l’an passé, le rouge était de mise, avec plus d’un demi-milliard de francs de déficit. La situation continuera de se dégrader. Si rien n’est fait, le fonds AVS sera à sec en 2030. Tout citoyen confronté à ces informations se demandera donc comment les autorités vont résoudre le problème. C’est précisément l’objet de la réforme de la Prévoyance vieillesse 2020, en cours d’examen aux Chambres fédérales. Son objectif est clair: il faut garantir la pérennité du système (1er et 2e piliers), ou, pour simplifier, garantir les rentes. Pour atteindre ce but, des mesures de financement supplémentaires seront inévitables.

Face à ce défi, l’initiative AVSplus arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles, puisqu’elle ajoute des coûts supplémentaires à une situation déjà délicate. Froidement, les syndicats affirment qu’il suffira d’augmenter les cotisations salariales de 0,8% (moitié pour l’employeur, moitié pour l’employé). Se rendent-ils compte qu’une telle hausse du coût du travail est catastrophique pour l’emploi? Diminution des marges, restructurations, pertes d’emplois… Notre économie paie déjà suffisamment le prix du franc fort (dont les syndicats se plaignent d’ailleurs) et d’une conjoncture internationale affaiblie. Certes, notre économie reste certes plutôt solide, mais elle n’est pas invulnérable. Une telle surcharge sur le facteur travail serait insupportable pour les secteurs les plus fragiles ou les plus exposés. Outre les entreprises et les travailleurs, l’initiative ferait aussi passer la Confédération à la caisse. La loi oblige l’oblige en effet à financer 19,55% des dépenses de l’AVS. Concrètement, la Confédération devrait trouver pas moins de 800 millions de francs dans son budget chaque année pour respecter cette obligation.

Les fausses affirmations des syndicats

A l’appui de leur initiative, les syndicats affirment aussi que les rentes AVS n’ont pas augmenté depuis quarante ans. C’est simplement faux. Depuis 1978, les rentes ne sont plus indexées à l’inflation, mais selon l’indice mixte, qui tient compte pour moitié de l’évolution des salaires. Au final, la valeur réelle des rentes augmente, même si la progression n’est pas explosive.

L’initiative AVSplus soulève une autre question: celle des relations intergénérationnelles. En effet, les citoyens déjà à la retraite pourraient voir dans l’initiative une opportunité de s’octroyer une hausse de rente sans avoir à passer à la caisse. Tout cela, au moment où la proportion entre les actifs et retraités se détériore. Ce serait très inquiétant. Mais on reste optimiste quant aux chances de rejet de l’initiative, car les citoyens suisses savent que rien n’est gratuit et que tout est affaire d’équilibres. Ils l’ont montré à plusieurs reprises par le passé, notamment lors des votations sur les six semaines de vacances ou les salaires minimaux.

Pour les jeunes, un discours proche de la mauvaise foi

Le discours des syndicats à l’attention des jeunes est particulièrement retors. Comme il s’agit de les faire passer à la caisse, on leur fait croire que le rendement d’un franc investi dans l’AVS est meilleur que dans le 2e pilier. A l’heure où l’AVS est entrée dans les déficits, de telles promesses confinent à la mauvaise foi. C’est un peu comme si on conseillait aux plus jeunes de profiter de la «happy hour» au bar du bateau pendant que les autres passagers montent sur les canots de sauvetage…

Cerise sur le gâteau, l’initiative AVSplus, censée donner un coup de pouce aux rentiers modestes, n’atteint même pas cet objectif: 140 000 rentiers bénéficiant de prestations complémentaires n’auraient pas plus d’argent dans leur porte-monnaie à fin du mois, et 15 000 verraient même leur situation financière se péjorer!

A l’heure où la priorité va à la consolidation de l’AVS, la hausse des rentes proposée par les syndicats et la gauche n’est pas une solution, mais un problème. Cela saute aux yeux. Et leurs critiques à l’égard du 2e pilier doivent être examinées avec circonspection: ils n’ont sans doute pas abandonné leur projet de supprimer le 2e pilier pour tout miser sur l’AVS. Ce serait une triste perspective pour nos retraites.

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