Le secteur de la bancassurance se restructure à nouveau, accompagné cette fois-ci d'une refonte du paysage des actionnaires du Credit Suisse Group (CSG). L'assureur français Axa est devenu mercredi un investisseur de référence au sein de la banque helvétique, en lui vendant sa participation de 71% dans la banque d'affaires américaine Donaldson, Lufkin & Jenrette (DLJ) pour 8,1 milliards de dollars (près de 20 milliards de francs). Axa recevra 70% du prix de sa vente en actions CSG et le reste en liquide pour ses actionnaires américains, car le CSG n'est pas coté aux Etats-Unis. Déjà petit actionnaire du CSG, l'assureur augmente du coup sa participation dans le groupe à hauteur de 8,5%.

On ne peut s'empêcher de penser à la réaction de Martin Ebner, le financier zurichois au nœud papillon, actionnaire du CSG à hauteur de 10,26% via sa société de participation BZ Group. Pour rappel, celui-ci n'a pas réussi à obtenir un siège aux conseils d'administration de Roche et du Credit Suisse, il y a tout juste quelques mois. Kurt Schiltknecht, responsable de BZ Trust, n'a pas voulu faire de commentaire sur ce nouveau développement. Tout d'abord, parce que le groupe veut confier les résultats de son analyse en premier lieu à ses clients. Ensuite, parce que toute évaluation de la situation requiert un certain temps. Le BZ Group va-t-il vendre sa participation dans le CSG? «Nous avons étudié avec attention la qualité du management de la banque, avant de procéder à un tel investissement», a déclaré en substance Kurt Schiltknecht. Ce qui implique peut-être qu'ils ne sont pas prêts à s'en dégager aussi rapidement.

La raison de l'investissement d'Axa dans le CSG reste obscure. Selon les dirigeants de l'assureur français qui se sont exprimés lors d'une conférence de presse à Paris, leur choix est de nature purement «financière et stratégique», car le CSG est un titre «agréable» à posséder. Le cours de la banque suisse a en effet gagné près de 38% au cours des six derniers mois. Pourtant, selon les rumeurs, les ambitions d'Axa se situent peut-être ailleurs. Les noms de la Rentenanstalt (détenue majoritairement par le Credit Suisse mais également à hauteur d'environ 5% par Martin Ebner) ainsi que celui de l'assureur italien Generali circulaient sur les marchés comme cible potentielle.

Quant à la décision d'Axa de se désengager de DLJ, selon des personnes proches de la banque citées par le Wall Street Journal, elle aurait été partiellement de nature personnelle. Toujours selon le journal américain, certains membres de la direction de DLJ seraient devenus fatigués de leur relation avec Axa en tant qu'actionnaire majoritaire. De leur côté, les dirigeants d'Axa n'appréciaient plus tellement le haut degré de volatilité des revenus de DLJ. Maître des opérations d'obligations pourries (obligations à haut risque) depuis longtemps, DLJ a quelque peu perdu de sa prestance depuis l'arrivée sur ce marché de deux autres concurrents: Goldman Sachs et Salomon Smith Barney, la banque d'affaires de Citigroup.

DLJ est présent à Genève depuis seize ans et y emploie vingt personnes. Le groupe possède également un petit bureau à Lugano. Les employés du bureau à Genève ne savent encore rien du sort qui leur sera réservé.