Le groupe Axa s’est hissé en deux décennies au rang de leader européen dans l’assurance vie et de numéro 3 mondial dans le non-vie. Sous la direction de Henri de Castries, aujourd’hui président et directeur général, les acquisitions se sont succédé, de Equitable aux Etats-Unis, à l’UAP en passant par la Winterthur en 2006. Le volume de primes et l’effectif ont plus que décuplé depuis 1989. Mais l’assureur arrive à un tournant. «D’un rôle de chasseur, il devient fermier», a expliqué George Stansfield, directeur des ressources humaines et des affaires juridiques du groupe. Axa a encore investi en 2012, dans un partenariat avec HSBC, lui ouvrant davantage les marchés dommages à Hongkong, à Singapour et au Mexique. Mais il s’est auparavant retiré d’actifs australiens, néo-zélandais et canadiens. Les acquisitions s’accompagnent de désinvestissements.

La priorité est accordée à l’efficience. C’est un géant de l’assurance qui devrait mieux tirer profit de sa taille: 86 milliards d’euros de primes d’assurance et 848 milliards d’euros dans la gestion d’actifs. Il est logique qu’il s’agisse d’améliorer les synergies et la productivité. C’est un acteur solide, avec une solvabilité économique de 155%, et un groupe rentable puisque son bénéfice est resté de quelque 4 milliards depuis quatre ans.

Virage stratégique

«Mais le virage stratégique ne sera réussi que si Axa gagne la guerre des talents», a déclaré Henri de Castries lors d’un voyage de presse à Bordeaux. Dans ses 57 pays, Axa compte 163 439 collaborateurs, dont 105 526 en ­Europe. Ses ressources humaines constituent son principal actif. «Trop longtemps, je me suis ­concentré sur les facteurs financiers, et tardivement sur les ressources humaines», a-t-il expliqué. Au moins deux défis majeurs se préparent pour ses ressources humaines. Les qualités requises portent sur l’amélioration des processus du groupe et de la gestion des données et non plus sur l’acquisition de contrats.

Axa ne tire pas un trait sur la croissance, mais celle-ci doit être organique et axée sur les pays émergents. Mais en Asie, il est très compliqué d’attirer des experts, selon George Stansfield. Les transferts s’accompagnent souvent d’un doublement du salaire à Hongkong. Dans les émergents, les départs volontaires représentent 19% des effectifs d’Axa par an. Ce qui n’a pas empêché une augmentation d’un tiers des salariés en cinq ans.

La hausse n’a été que de 2,6% dans les pays matures. En Europe, le défi est de bien gérer le vieillissement des effectifs. 15% du personnel commercial a plus de 55 ans. En France, qui regroupe le cinquième de l’effectif du groupe, 36% des assureurs devraient partir à la retraite d’ici 2025…

Numéro un en France, en Allemagne et en Corée

Lorsque Le Temps lui demande si la mise en place d’un gouvernement socialiste en France modifiera l’allocation et le modèle d’affaires, Denis Duverne, directeur général adjoint, répond prudemment. L’assurance dommages ne sera pas touchée, a-t-il expliqué. Mais «la politique fiscale peut influencer sur l’assurance vie et l’épargne».

Il a observé une sortie d’argent frais au deuxième trimestre, à son avis vers le Luxembourg. Le risque pour le groupe dépend en partie de la politique à l’égard du «livret A». «Le gouvernement est obligé d’être raisonnable à l’égard de l’assurance vie et de ne pas charger sa fiscalité. Ce secteur gère 1400 milliards d’euros et achète 80% des d’obligations d’Etat (OAT)», selon Denis Duverne.

En 2011, l’assurance non-vie représente 46% du bénéfice du groupe, contre 34% à la protection et santé, et 20% à l’épargne et la gestion d’actifs. La tendance se lit dans la marge des nouvelles affaires vie. Elle est de 47% dans la protection et santé, mais négative de 4% dans l’épargne.

Tandis que l’assurance vie traditionnelle souffre des taux bas, Axa pousse sensiblement le secteur de protection et santé (accident mortel, protection de la famille et dépendance, protection des revenus, maladie). «Nous pourrions considérer ces secteurs comme de l’assurance non-vie plutôt que vie car nous pouvons leur calculer un taux combiné», selon Denis Duverne.

Dans l’assurance non-vie, un axe de développement majeur se situe dans l’assurance directe et internet, par exemple dans l’assurance auto. Axa est numéro un de ce marché tant en France qu’en Allemagne ou en Corée.