L’assureur Axa suit 3000 jeunes conducteurs à la trace

Véhicules Depuis un an, l’assureur propose d’installer une boîte noire pour réduire sa prime

La frilosité des autres compagnies proviendrait d’un manque de concurrence

Le premier bilan est positif, et Axa veut le faire savoir. Un peu plus d’un an après le lancement de son offre Drive Recorder, l’assureur a équipé 3000 véhicules d’une boîte noire, indique-t-il mercredi, en marge de ses résultats annuels. Au final, plus de trois quarts de ses jeunes clients ont désormais installé un enregistreur de conduite ou d’accident – une offre lancée en 2008 – dans leur voiture.

L’objectif? Réduire leur prime d’assurance. Depuis janvier 2014, les moins de 26 ans peuvent influer sur leur facture. La boîte noire enregistre la vitesse, l’accélération, les kilomètres, l’heure et le type de routes empruntées. La conduite est ensuite évaluée et comparée à la moyenne. Les plus prudents sont récompensés par un rabais de 15 à 25%.

Axa, numéro un de l’assurance RC et véhicules, avec environ 20% de parts de marché, est pour l’instant la seule compagnie du pays à être allée aussi loin dans l’utilisation de la télématique. La Mobilière s’y prépare, mais cherche la bonne formule, indiquait dans Le Temps son patron, Markus Hongler, début février. La Nationale observe également. Tandis qu’Allianz propose déjà une Help­box, qui alerte les secours en cas d’accident et localise un véhicule volé par GPS.

Alors que ces traceurs se démocratisent à l’étranger, notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, la Suisse tarde à s’y mettre. «Le marché est trop petit, les assureurs gagnent toujours assez d’argent avec les produits conventionnels», analyse Sabine Ostlund, l’experte en assurance de Comparis.ch. Les clients, eux, sont trop peu demandeurs: «En 2013, seuls 4,7% des propriétaires d’une voiture ont conclu une nouvelle assurance. Il n’y a presque pas de concurrence dans ce marché.»

En avril 2014, le site comparatif a mandaté l’institut Gfk pour questionner les automobilistes. Résultat: 73% des 1244 sondés seraient preneurs d’une assurance où la prime dépend du comportement. Ce sont les plus de 30 ans qui y sont le plus favorables. Justement ceux qu’exclut l’offre d’Axa. «Voilà un potentiel que les assureurs n’exploitent pas», relève Sabine Ostlund.

En revanche, une boîte noire doit valoir la peine: plus de la moitié des répondants aspirent à un rabais de 30% au moins. L’autre frein, c’est la question de la protection des données. Sept personnes sur dix craignent que leurs va-et-vient soient utilisés pour établir des profils et que des tiers puissent y avoir accès. Axa, de son côté, garantit le contraire, «conformément à la loi fédérale sur la protection des données».

Par contre, l’assureur souligne la valeur de la masse de données récoltées pour «davantage mettre en évidence la corrélation entre comportement au volant et fréquence des accidents». Les premières analyses démontrent que les jeunes améliorent leur comportement, après l’installation de l’appareil, assure Axa.

Au final, le Drive Recorder est-il rentable? En d’autres termes, fait-il baisser les sinistres de 15 à 25%, ou sert-il d’abord à attirer de nouveaux clients? Axa ne le dit pas. Ce que l’on sait, c’est que globalement, les assureurs automobiles du pays ont remboursé des sinistres à hauteur de 3,8 milliards de francs en 2013. Une hausse de 21%, depuis dix ans. La même année, ils ont encaissé 5,77 milliards de francs de primes. Soit 18% de plus qu’en 2003.

Un sondage a montré que 7 conducteurs sur 10 craignent que leurs données soient utilisées par des tiers