Jean-Christophe Menioux, depuis 2008 responsable des risques (CRO) du groupe Axa, dirige une équipe de 73 experts du risque au siège du groupe, lesquels coopèrent avec plus de 550 gérants du risque au plan local. Leur fonction consiste à imaginer les scénarios de risques et la meilleure façon d’y répondre.

Qu’ils soient financiers (changes, taux, actions), opérationnels (fraude, dépassement de limite de négoce) ou d’assurance (catastrophe), ils cherchent à les identifier et à les gérer. L’éclatement de l’euro est l’un de ces risques, mais ce scénario n’est pas le plus probable. «Notre premier scénario de risque sur l’euro, élaboré selon une démarche purement intellectuelle, a été imaginé en 2009, et se concentrait sur une sortie de l’Allemagne», a-t-il expliqué lors d’un séminaire d’Axa pour la presse, à Bordeaux.

A la fin 2011, le scénario d’éclatement a changé afin de mettre l’accent sur le risque de contagion. Aujourd’hui, l’équipe de Jean-Christophe Menioux estime qu’une sortie organisée de la Grèce serait pratiquement un non-événement pour Axa, d’au­tant que l’assureur a vendu ses dernières positions en titres grecs ces derniers mois.

Un autre scénario, celui d’une sortie «dans le désordre», pourrait toutefois résulter d’un effet de contagion. Les dégâts seraient massifs. Le groupe serait «blessé, mais y survivrait, non seulement au plan global mais dans chaque pays», a-t-il dit. La gestion de ce risque a été analysée, des aspects informatiques, financiers ou juridiques jusqu’aux questions de communication. La réponse a porté sur le renforcement de la liquidité du groupe. «Mais il n’existe pas de produit de couverture contre un éclatement de l’euro», a-t-il expliqué. En termes de protection, il a été estimé que les dérivés de crédit (CDS) sur les débiteurs souverains n’étaient pas assez sûrs, Axa leur préférant les CDS sur les entreprises.

«Génération perdue»

Henri de Castries, président de la direction, a ajouté que pour Axa le scénario central n’était pas celui d’un d’éclatement de l’euro. Mais «il faudra une génération pour effacer les péchés du passé, à savoir un excès de dépenses publiques, un élargissement de l’UE au détriment de son approfondissement et le report sur Bruxelles des mesures à prendre dans chaque pays individuellement.

Le choix laissé à la zone euro consiste à continuer l’actuelle politique de transferts au profit des périphériques ou à ouvrir la boîte de Pandore et risquer l’effet de contagion. Mais il faudra du temps, selon lui, pour parvenir à une meilleure gestion économique et financière.

Deux risques systémiques sont aux mains des régulateurs, selon Henri de Castries. Il s’agit de la gestion de la zone euro et de celle des taux d’intérêt à long terme maintenus excessivement longtemps à un bas niveau par les banques centrales.

Au moment où chacun parle de politique de croissance, l’assureur a critiqué la politique des autorités conduisant à augmenter les fonds propres. «Ce n’est pas en obligeant un avion à voler plus haut qu’il évitera un crash», a-t-il ajouté. Par contre, l’augmentation des fonds propres conduit potentiellement à une mauvaise allocation des capitaux et réduit l’investissement. Si Axa soutient en principe l’introduction de «solvabilité II», qui amène une mesure de solvabilité en fonction des risques, Henri de Castries s’oppose à la pro-cyclicité du mécanisme tel qu’il a été défini. Cette norme devrait entrer en vigueur en 2014, mais des éléments «fondamentaux» sont encore très discutés, selon Jean-Christophe Menioux.

Des salaires à la performance

La croissance ne viendra pas, à son avis, d’une augmentation des dépenses publiques et d’une politique de réduction des risques, mais d’une meilleure allocation du capital.

Une politique de contrôle des salaires en plaçant un plafond aux rémunérations est à bannir, selon lui. Le salaire d’un dirigeant doit être fonction de sa performance. «Il n’appartient pas à l’opinion publique, mais au conseil d’administration d’être juge sur ce point.»

Le président socialiste s’est profilé sur le thème des salaires des dirigeants. Mais pour Henri de Castries, dans l’actuelle guerre des talents, il faut être pragmatique et ne pas inciter les plus performants à partir sous d’autres cieux.