Innovation

Le baby-foot se réinvente une histoire en réalité virtuelle

Des développeurs genevois veulent donner une seconde vie au célèbre jeu d’arcade en l’adaptant à la réalité virtuelle. Pour le studio Kynoa (anciennement Kenzan), c’est aussi l’occasion de jouer les prolongations en séduisant les centres commerciaux

La légende dit que c’est à un poète galicien que l’on doit le baby-foot. Alors que l’Espagne ronflait comme un incendie en cette année 1937, Alejandro Campos Ramírez (de son nom de plume Alejandro Finisterre) est grièvement blessé dans un bombardement à Madrid. C’est pendant sa convalescence qu’il aurait eu l’idée du «futbolín» à destination de tous ces enfants qui, comme lui, ne pourraient plus jouer au football.

L’invention n’a pas été officialisée en raison de la perte des documents dans une tempête. Et la genèse du concept – rapportée par le poète lui-même – fut postérieurement remise en cause par la découverte de brevets déposés à la fin du XIXe siècle déjà.

Qu’importe, pour les développeurs genevois de Kynoa Studios. Ils se sont assurés d’être les premiers à développer un baby-foot en réalité virtuelle: Koliseum Soccer VR, dont les «axes» – son système de manettes en forme de tiges métalliques – font l’objet d’une procédure de brevetage.

Quatre ordinateurs, des casques et une table

Le Temps a pu tester un prototype du jeu, installé dans les locaux colorés du studio, en zone industrielle de la Praille. Quatre ordinateurs et un serveur sont disposés autour d’une table «à l’épreuve des bières», selon les mots de Pascal Montjovent, responsable de la recherche et du développement. A mesure que les quatre joueurs enfilent leur casque Oculus Rift (de réalité virtuelle), des titans métalliques prennent vie sur le terrain numérique. Comme au baby-foot traditionnel, ces footballeurs 2.0 sont suspendus en l’air et reliés entre eux.

Les joueurs physiques sont, eux, représentés dans le jeu par des avatars transparents, sortes de géants penchés autour du terrain numérique, grâce aux manettes qui captent leurs mouvements.

La prise en main de Koliseum Soccer VR est aussi simple que celle d’un baby-foot. Le jeu est avant tout destiné au grand public. Un coup de poignet et la balle prend de la vitesse, frappe un mur de défenseurs ou transperce les filets adverses. Des bonus peuvent être activés pour pimenter le jeu en envoyant plusieurs ballons sur le terrain ou en créant pendant quelques secondes un filet de protection devant son but.

Quelques bugs au niveau de la trajectoire du ballon

Quelques bugs sont perceptibles au niveau de la trajectoire du ballon. Ce sera corrigé avant la fin de la semaine, promettent les développeurs qui travaillent depuis deux mois et demi sur l’adaptation de ce classique des jeux d’arcade. «C’est comme un déménagement, image Pascal Montjovent. On a des cartons et des pots de peinture partout mais on avance vite.»

Kynoa a été bâti sur les cendres de Kenzan, un studio spécialisé notamment dans les livres pour enfants, les applications de réalité augmentée et la réalité virtuelle. Malgré plusieurs prix pour les narrations immersives de Kenzan, les investisseurs avaient fini par «tirer la prise» devant le manque de rentabilité de la VR, explique Pascal Conicella qui avait fondé le studio en 2006.

Des «arènes du futur» pour lancer Kynoa

Mais la société a pu réémerger sous le nom de Kynoa cet automne et réengager une partie de son ancien personnel (13 sur 30). Les développeurs présenteront au centre commercial Balexert les 2 et 3 février prochains leur concept «d’arènes du futur», déclinable à terme sur le hockey ou d’autres classiques des jeux d’arcade tels que Space Invaders ou Asteroids. Pascal Montjovent imagine déjà que ces nouvelles bornes arcades pourraient «générer du passage dans les commerces qui en ont bien besoin» ou servir comme «machines à sous» dans des salles de jeu.

A terme, Kynoa souhaiterait également créer un mode en ligne du jeu pour permettre aux joueurs de s’affronter dans des compétitions internationales. D’ici là, les développeurs auront également mis en place des fonctionnalités permettant aux footballeurs de s’affranchir, par instants, du carcan de leurs tiges métalliques afin de réaliser toute la panoplie de gestes techniques. Un appel du pied en direction des puristes de simulations sportives. Les infirmes d’Alejandro Finisterre auraient apprécié.

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