Entre 1100 et 1300 milliards de dollars. Ces montants représenteraient, selon McKinsey, les avoirs arabes investis ou à investir au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Sur ces derniers, 80% sont gérés dans les seuls pays du Golfe. Les fortunes arabes et musulmanes déposées dans des établissements occidentaux étant sujettes à des contrôles accrus, de nombreux investisseurs préfèrent les rapatrier dans leur pays. L'ampleur des montants retournés vers la région n'a pu être quantifiée, mais a été estimée à quelque 200 à 400 milliards de dollars. «En revanche, on constate un impact réel sur les places boursières de la région», remarque Abdul Rahman Al-Baker, responsable des investissements des institutions financières de l'Agence monétaire de Bahreïn. Le potentiel de gérer cette fortune dans des centres off shore islamiques s'avère donc énorme.

Le royaume de Bahreïn, archipel du golfe Persique, ne cache pas ses ambitions de se tailler une large part de ce gigantesque gâteau. Des avantages considérables y sont offerts dans le domaine des services financiers. Son caractère de place off shore, avec une fiscalité inexistante (aucune taxe ni impôt à la source ne sont prélevés sur les personnes physiques ou les entreprises), sa stabilité économique et politique ainsi que de nouvelles lois contre le blanchiment d'argent sale et d'autres préservant la confidentialité en font un eldorado des investisseurs, «que nous aimerions hisser en termes de visibilité au niveau de Hongkong», souligne Waleed Abdulla Rashdan, directeur de l'Inspection monétaire des autorités de Bahreïn, de passage à Genève.

«Bahreïn représente aujourd'hui le coeur de l'industrie bancaire de la région. Avec 315 établissements financiers, il détient la plus large concentration de banques islamiques et d'institutions financières», a expliqué Waleed Abdulla Rashdan, qui estime à 10% par an la croissance des avoirs gérés pendant les cinq prochaines années. «Tant d'avoirs affluent dans la région que l'offre de services en termes d'établissements peine à suivre. Au cours des cinq dernières années, la banque islamique a beaucoup évolué. Aujourd'hui elle inclut aussi et surtout la gestion privée», constate le responsable.

Implantation récente de UBS

Du côté occidental, l'évolution est aussi très marquée. Conscientes des opportunités locales, de plus en plus de banques occidentales installent leur siège moyen-oriental dans l'archipel, alors qu'elles envoyaient des gestionnaires de fortune visiter leurs clients il y a encore peu de temps. Parmi les récentes implantations figure UBS, avec l'ouverture d'une banque islamique Noriba, contrôlée à 100% par la première banque suisse. D'autres l'ont précédée, à savoir HSBC, Citibank, American Express, Merrill Lynch, Commerzbank et BNP Paribas. «L'ouverture d'une représentation à Bahreïn, il y a un peu plus d'un an, nous a permis d'enregistrer une croissance de 25% des avoirs gérés dans le Golfe», reconnaît Thierry Gigant, responsable de la clientèle de BNP Paribas à Bahreïn.