Technologie

Baidu, le chinois qui rêve de rivaliser avec la Silicon Valley

Souvent présenté comme un Google chinois, Baidu a annoncé cette semaine de nouveaux progrès pour accélérer sa diversification dans les assistants personnels et les voitures autonomes. Mais il demeure cantonné au marché intérieur

«Quel est ton problème?» s’exclame Robin Li en regardant l’individu qui vient de lui verser une bouteille d’eau sur la tête. Le directeur de Baidu s’essuie le visage et reprend le cours de sa présentation. Son «agresseur», interpellé par la sécurité, sera rapidement condamné à 5 jours de prison. Mercredi, l’incident vécu par le cofondateur de Baidu à Pékin a en grande partie éclipsé les annonces du géant chinois de la technologie. Des assistants intelligents aux voitures autonomes, le groupe a présenté plusieurs avancées qui le rapprochent du niveau des plus grands de la Silicon Valley.

Baidu, fondé en 2000, fait partie des BATX (pour Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), ces groupes technologiques chinois souvent comparés aux GAFA américains (Google, Apple, Facebook, Amazon). Le groupe, basé à Pékin, est à première vue un clone de Google. Il est d’abord dominateur sur le marché de la recherche sur internet, avec environ 66% des requêtes en Chine. Ses deux principaux rivaux sont loin derrière: Shenma revendique une part de 14%, Haosu de 6%. Bien sûr, l’absence de Google de l’Empire du Milieu depuis 2010 aide: la société américaine songe à revenir sur le marché chinois avec un moteur se pliant à la censure de Pékin avec son projet Dragonfly, mais sans décision formelle pour l’heure.

Comme Google et Amazon

Baidu tire aujourd’hui 76% de ses revenus de la publicité et 24% d’abonnements à son service de vidéo à la demande. Baptisé iQiyi, il est considéré comme le Netflix chinois.

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Le groupe chinois ressemble aussi à Google par sa diversification dans deux domaines où la multinationale californienne est omniprésente: les assistants personnels et les voitures autonomes. Ainsi, cette semaine, Baidu a annoncé que son assistant vocal, DuerOS, était installé sur 400 millions d’appareils. En novembre dernier, ce chiffre était de 150 millions. Baidu suit la même stratégie que Google, mais aussi qu'Amazon: faire en sorte que son système soit non seulement utilisé sur des smartphones ou de petits haut-parleurs dédiés, mais aussi des frigidaires ou des voitures. Comme Google Home ou Alexa d’Amazon.

Millions d’appareils connectés

Avec une présence dans 400 millions d’appareils, DuerOS fait mieux qu’Alexa, dont Amazon annonçait fin 2018 qu’il équipait 100 millions de machines. Mais le système chinois est en deçà du système de Google, qui tourne sur plus d’un milliard d’appareils – dont une majorité de smartphones fonctionnant avec son système Android.

Baidu ne cesse de proposer de nouvelles fonctions dans son système. Cette semaine, il annonçait la mise à disposition d’un logiciel permettant de prendre des appels à sa place. DuerOS propose actuellement 2000 commandes vocales (écouter de la musique, baisser les stores, etc.). En face, Alexa en possède plus de 60 000.

Percée dans les voitures autonomes

Le groupe chinois imite aussi Google dans le secteur des voitures autonomes. Cette semaine, Baidu annonçait que ses 300 véhicules sans conducteur avaient parcouru 2 millions de kilomètres dans 13 cités du pays. La société a certes noué un partenariat avec le fabricant automobile local Geely pour y installer ses logiciels. Mais Baidu a aussi signé des contrats avec un constructeur occidental, Ford, et un autre passé en mains chinoises, Volvo, pour des tests conjoints. Sur ce marché, comme sur celui des assistants intelligents, Baidu est en concurrence avec ses compatriotes Tencent et Alibaba, eux aussi intéressés par le marché des véhicules autonomes.

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Baidu a ainsi tout d’un Google chinois. Mais avec deux sérieux handicaps. D’abord, au niveau géographique. Le groupe avait certes tenté une percée au Japon en 2008 en y lançant son moteur de recherche, avant d’abandonner ce marché en 2015. Baidu se concentre désormais totalement sur le marché chinois.

Croissance à l’arrêt

Il existe un deuxième handicap, lié à sa situation financière. En 2018 pourtant, les indicateurs étaient au vert. Le bénéfice avait crû de 51%, à 4 milliards de francs, pour des revenus en hausse de 28%, à presque 15 milliards de francs. Depuis, le groupe a affiché une perte au premier trimestre 2019 et a averti les analystes que, pour le deuxième trimestre, sa croissance devrait être de zéro. La société, cotée à Wall Street, avait vu son action chuter de 16,5% en mai à la suite de cette annonce. Pour tenter de redresser le titre, la société avait alors annoncé un programme de rachat d’actions d’une valeur de 1 milliard de dollars – sa valorisation est actuellement d’environ 40 milliards de dollars, contre environ 770 pour Google.

Baidu souffre du ralentissement de l’économie chinoise – ce qui nous ramène au premier handicap. Mais aussi des investissements qu’il effectue actuellement dans son service vidéo iQiyi, au niveau tant de la technologie que de l’achat de contenus.

Les défis ne manquent ainsi pas pour Baidu, dont la dépendance à la publicité est vue comme un talon d’Achille par les analystes. Mais à la différence de Huawei – avec lequel il possède plusieurs partenariats, dont un en intelligence artificielle –, le groupe a la chance de ne pas souffrir directement de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

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