Durant les cinq premiers mois de 2008, seules 16000 opérations de fusions et acquisitions ont été répertoriées, contre 19800 en seconde moitié d'année 2007. La valeur totale de ces transactions a reculé à 1421 milliards de dollars entre janvier et mai, contre 2161 milliards au second semestre 2007, indique une étude de KPMG. Le cabinet d'étude prévoit que les activités de fusions et acquisitions poursuivront leur repli durant le deuxième semestre.

En début de semaine, plusieurs importantes transactions ont toutefois été annoncées. L'américain Anheuser-Bush a fini par accepter l'offre du brasseur belgo-brésilien InBev d'une valeur de 52 milliards de dollars. Shell a offert 5,87 milliards de dollars pour reprendre le groupe pétrolier canadien Duvernay. L'américain Waste Management, actif dans le traitement des déchets, a offert 6,3 milliards de dollars pour reprendre son concurrent Republic Services. En Europe, l'action de Continental a poursuivi son envol hier (+11,6%) après que Schaeffler ait annoncé vouloir acquérir 30% de son capital lundi. Crédit Mutuel va racheter la filiale allemande de Citigroup pour 4,9 milliards d'euros. Enfin, Novartis vient d'offrir plus de 900 millions de francs pour reprendre Speedel.

Cette série de transactions contraste avec les pronostics pessimistes de KPMG pour les activités de fusions et acquisitions. Une contradiction? Patrik Kerler, responsable du corporate finance chez KPMG Suisse, nuance: «Même si une baisse du nombre de fusions et acquisitions est attendue, d'importantes transactions vont continuer d'avoir lieu. Il s'agit d'un ralentissement, pas d'un arrêt complet.»

Qu'est-ce qui est susceptible de relancer le marché des fusions et acquisitions? «Lorsque l'impression dominera du côté des acheteurs que les évaluations sont tombées à un niveau trop bas par rapport aux attentes futures de bénéfices, la tendance s'inversera. Le nombre d'offres de rachats augmentera à nouveau, que ce soit de manière amicale ou inamicale.» La seconde option pourrait devenir plus fréquente si les conseils d'administration et les directions des sociétés ciblées restent d'avis que la valorisation de leur entreprise est supérieure aux offres proposées, analyse Patrik Kerler.

ABB, Novartis et Roche sont tous trois bien positionnés

Qui pourrait jouer un rôle actif en Suisse en matière de fusions et acquisitions? «Plusieurs groupes comme ABB, Novartis ou Roche ont à la fois des bilans très solides et d'importantes réserves de liquidités.

Ces entreprises ont la capacité d'acheter des sociétés sans avoir à recourir beaucoup à l'emprunt. Le contexte actuel peut ainsi créer de bonnes opportunités pour de tels groupes si les évaluations continuent de baisser.

Elles ont dès lors un avantage important à l'encontre des firmes de private equity ou d'autres sociétés financières plus dépendantes envers l'emprunt», analyse le spécialiste de KPMG.

Quant au secteur financier, Patrik Kerler s'attend dans l'immédiat avant tout à des transactions résultant de ventes forcées.