La baisse des cours du pétrole ne fait pas le bonheur des compagnies pétrolières. Non seulement leurs marges diminuent, mais le marché anticipe une poursuite du mouvement et répercute ce sentiment sur le cours de leurs actions. Depuis fin août, l'indice S & P500 Energy, qui rassemble les grandes pétrolières aux Etats-Unis et en Europe, a baissé de près de 11%. Le titre Exxon, numéro un mondial coté, a reculé de 8,2% à 63,96 dollars hier après avoir atteint un sommet à 70,72 dollars le 24 août.

«Même si les perspectives à long terme sont à la hausse des cours du brut, aucun signal positif ne se profile à court terme», observe Emmanuel Gautrot, de Pictet & Cie. Les investisseurs qui avaient anticipé des résultats des compagnies pétrolières sur la base de cours du brut à 78 dollars sont donc quittes pour refaire leurs calculs. Cependant, ces derniers sont pour ainsi dire inexistants.

«Le marché fait reposer ses calculs de rentabilité sur des seuils nettement inférieurs. A la fin août, il était de 43 dollars. Actuellement, il est redescendu aux alentours de 40 dollars», détaille Philippe Léderrey, de la banque privée Ed. de Rothschild à Genève. Cet indicateur rappelle que si les cours des grandes pétrolières sont montés de juin à août, ils n'ont pas totalement reflété la progression des attentes bénéficiaires que la hausse record du brut aurait pu faire espérer à ce moment-là. «La corrélation des cours n'a pas très bien fonctionné», reconnaît Emmanuel Gautrot. Explication de Philippe Léderrey: «Le marché craint des hausses importantes de coûts d'extraction et de raffinage.»

Multiples peu élevés

Ces craintes sont essentiellement liées aux contraintes toujours plus importantes auxquelles les compagnies pourraient faire face. Aux coûts élevés de forage dans des zones difficiles - régions polaires, isolées, grands fonds marins -, elles risquent de devoir faire face aux exigences plus grandes de la part de certains gouvernements, la Russie en premier lieu. Certains analystes chiffrent le surcoût jusqu'à 10 dollars le baril, ce qui donne un seuil de rentabilité compris entre 50 et 53 dollars le baril. De là au prix actuel, la marge est fortement réduite. Elle le serait encore davantage avec un baril à 55 dollars, voire 50, comme le craignent certains prévisionnistes.

Ces craintes ne sont pas partagées par l'ensemble des acteurs du marché mais elles suffisent à peser sur les cours. Elles expliquent aussi pourquoi les titres des pétrolières se paient aussi bon marché, 8,7 fois les bénéfices attendus en 2007 pour les grandes européennes (BP, Shell, Total...), par rapport aux autres secteurs économiques. Or, même avec des multiples aussi peu élevés, rares sont les attentes de relèvement des cours.