François Hollande est moqué. Encore. L’annonce, lundi, d’une troisième baisse consécutive du nombre de chômeurs en France est certes saluée par les observateurs. Mais elle fait ironiser les éditorialistes: le président français, qui avait maintes fois promis, en vain, d’inverser la courbe du chômage, a renoncé trop tôt à se représenter à la présidence, en mai prochain.

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Ces commentaires sont anecdotiques. Le rebond de l’emploi n’aurait sans doute pas été suffisant pour sauver François Hollande d’un échec dans les urnes. En revanche, cette amélioration illustre une tendance qui devient générale dans les pays de la zone euro. Le taux de chômage est tombé à 9,8% de la population active en octobre. C’est une première depuis avril 2011. La baisse est désormais constante, depuis le pic à 12,1% des actifs enregistré en juin 2013.

Transformer le travail en consommation

Et l’emploi n’est pas le seul indicateur à s’améliorer. Outre la croissance du PIB, l’indice de confiance des consommateurs et des entreprises, à 106,5 points, confirme un optimisme grandissant dans la reprise. «On est encore loin de l’euphorie, mais la tendance est positive», résume Alain Freymond, codirecteur de BBGI Group à Genève.

Les économistes font en effet preuve d’une extrême prudence pour la suite. «Les incertitudes politiques liées aux élections en Italie, en France ou en Allemagne sont de nature à peser sur la confiance, et donc sur la volonté de recruter et d’investir», considère Howard Archer, cité par le «Financial Times». Selon cet expert de IHS Markit à Londres, la convalescence du marché du travail ne sera bénéfique que si les ménages de la zone euro la transforment en consommation.

Pour le moment, la pression est effectivement sur les épaules des consommateurs. Côté institutionnel, aucun nouveau plan de relance additionnel n’est à l’agenda européen – le plan Juncker de 300 milliards d’euros, lancé en 2015, court toujours.

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Pourtant, dans le sillage des discours des pontes de l’OCDE ou du FMI, un programme a été proposé à Bruxelles. La Commission européenne envisageait des dépenses budgétaires de 50 milliards d’euros pour accélérer la reprise. Mais les ministres des Finances de l’Eurogroupe l’ont rejeté, en laissant toutefois la porte ouverte à des initiatives nationales.

Une ouverture que personne n’a envisagé d’utiliser. Le pays financièrement le mieux placé pour dynamiser sa croissance par les dépenses est l’Allemagne. Mais cette dernière estime qu’elle en fait déjà suffisamment. Pour Berlin, et pour d’autres chantres de l’orthodoxie budgétaire, l’amélioration conjoncturelle ne doit surtout pas ralentir les réformes structurelles engagées à l’échelle des Etats membres.

Une reprise sans emplois

Car la moyenne européenne de 9,8% de chômeurs cache, comme toujours, de fortes disparités entre l’Allemagne (4,1% en octobre), l’Italie (11,6%) ou la Grèce (23,1% en septembre). De même, l’amélioration de la situation ne doit pas faire oublier qu’en Espagne, par exemple, plus de 43% des jeunes (de 15 à 24 ans) sont encore au chômage. Ainsi, le FMI recommande à Madrid d’empoigner le problème de manière plus ciblée, par exemple en rendant les contrats à durée indéterminée plus attractifs pour les employeurs.

En Italie, un tiers des jeunes restent sans emploi. En France, un jeune sur quatre est concerné. Pour le FMI, toujours lui, le problème est «structurel, non pas conjoncturel». Autrement dit – et c’est aussi son diagnostic pour l’Espagne – un retour de la croissance ne créera pas davantage d’emplois. Le modèle de formation est en cause, estime le FMI, qui pointe du doigt un «système qui n’a pas évolué avec les changements du marché du travail» ou encore, pour les patrons, «des procédures judiciaires longues et incertaines en matière de licenciement».

L’apprentissage contre le chômage des jeunes

Pour y remédier, le favori à la présidentielle française, François Fillon, mise sur la généralisation de l’apprentissage professionnel et la fin du «culte exclusif du diplôme». Plus généralement, la simplification du droit du travail est l’une de ses priorités. Un programme qui inclut notamment la suppression des 35 heures et une facilitation des licenciements économiques – pour encourager l’embauche en période de reprise.

Le vainqueur des primaires de la droite fait souvent référence au modèle helvétique en matière de politique du travail. Certains pourront lui opposer que ce «droit facilité aux licenciements» a mené à une augmentation de presque 5000 chômeurs en une année (à 149 228 personnes fin octobre). Le cas échéant, il pourra leur répondre que le chômage plafonnait à 3,3% des actifs cet automne.

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