Les temps sont durs pour les investisseurs en matières premières. Succédant à un cycle haussier de plusieurs années, les cours de plusieurs produits de base, de métaux ou de produits agricoles suivent la même tendance baissière que le pétrole. Depuis son plus haut du 14 juillet, l'indice Goldman Sachs Commodities, l'une des références, a reculé de 20,2% (lire ci-dessous).

Inévitablement, ces baisses impactent les produits de placement proposés au public. Plusieurs fonds de placement spécialisés dans les actions de sociétés pétrolières ou minières, voire investis dans des dérivés de ressources naturelles, enregistrent des reculs de 10% à 20% en moyenne depuis les plus hauts du printemps ou du début de l'été.

«L'impact est très réel», reconnaît Markus den Otter, directeur de l'Association suisse des fonds de placement (FSA) à Bâle. «Toutefois, il est limité. Il n'a qu'amoindri la performance des fonds de ce secteur. Au plus haut, cette performance, calculée depuis le début de l'année, se montait à 15% environ. Elle a été ramenée à quelque 5%», poursuit le responsable.

Poursuite de la baisse

Les fonds de cet univers sont divisés en trois grandes catégories: ceux qui sont investis directement dans les matières premières ou leurs dérivés; ceux qui achètent des actions de sociétés minières ou des compagnies pétrolières; enfin, des fonds de fonds. En tout, les fonds investis dans des actions minières ou énergétiques se situent entre 4 et 6 milliards de francs, selon une estimation de Matthäus den Otter.

Toutes les catégories de placements sont affectées. En premier lieu figurent évidemment les fonds indiciels, comme le Diapason Rogers Commodity Index Fund, qui a reculé de 14,3% depuis son pic d'avril 2006. Un fonds investi en actions comme le CS Equity Fund (Lux) Global Resources 1 a perdu 12,6% depuis mai dernier. Simultanément, un fonds de fonds comme le LODH Multifonds - Commodity, a reculé de 16,7%.

Pour limiter les dégâts, les gérants ont adopté des stratégies de crise. Ils ont par exemple diversifié leurs placements dans des matières haussières comme certains produits agricoles. Mais leurs stratégies sont avant tout conditionnées par leur perception de l'avenir proche. Ainsi, Diapason, à Lausanne, pense que «les cours de certaines matières premières devraient encore baisser. La reprise surviendra à la fin 2007 ou au début 2008», selon son directeur Lionel Motiere.

«Mais que représente, pour l'investisseur, une baisse supplémentaire de 5%? S'il a perdu déjà 20% de son placement, il ne s'alarmera pas», répond Alain Freymond, de Bearbull à Genève. Convaincue que les cours ont globalement touché le fond, cette société s'apprête même à lancer deux nouveaux produits. Les gérants ont-ils au moins prévenu leurs clients des contre-performances? «Nous l'avons fait», assure Laurent Auchlin, gérant du fonds de fonds de LODH à Genève. «Les investisseurs sont informés des risques», ajoutent Lionel Motiere et Alain Freymond.

Clientèle peu inquiète

Toutefois, la clientèle ne paraît pas s'alarmer, pour le moment du moins. «Nous avons bien enregistré quelques retraits depuis le retournement en juillet, mais ces derniers paraissent davantage liés aux réallocations normales d'actifs qu'à des réactions face aux baisses», observe Laurent Auchlin. Impression corroborée par Matthäus den Otter, qui note même que «d'exotiques il y a deux ans, les placements dans les matières premières ont connu un bel envol depuis lors».

Il est vrai que plus l'investisseur est entré tôt sur ce marché, plus il a profité de la hausse qui s'est arrêtée au printemps. Au contraire, ce sont les acheteurs entrés au premier semestre 2006 qui déplorent les pertes les plus lourdes. On compte notamment des institutionnels, embarqués tardivement au terme de longues procédures internes. Les caisses de pension restent toutefois marginalement concernées, «les matières premières constituant moins de 1% de leurs fortunes globales», selon le consultant Graziano Lusenti, à Nyon. Ce n'est pas le cas pour tout le monde puisque certains institutionnels américains ont beaucoup perdu: 12% pour le Select Energy Fund de Fidelity, et même 14% pour le Global Energy Fund de Guiness Atkinson.

Alors, qui paye le prix fort? «Ce sont avant tout des clients privés, ceux qui ont pu se décider plus vite que les institutionnels», répond Eliane Riner, responsable de la distribution de solutions de placements en matières premières au Credit Suisse à Zurich.