La baisse de la croissance chinoise inquiète le Nobel Paul Krugman

Conjoncture La croissance chinoise est tombée à 7,4%, son plus bas niveau en 24 ans

Le Prix Nobel américain redoute la transition vers le nouveau régime économique

Le chiffre n’a pas suscité de réactions. Depuis lundi, Hong­kong reçoit le 8e Asian Financial Forum, auquel participent les grands banquiers et économistes de la région. «La Chine se dirige vers un nouveau mode de croissance», a commenté Edward Chen, professeur honoraire de l’Université de Hongkong.

Mardi matin, Pékin a annoncé que le produit intérieur brut (PIB) de la Chine avait crû de 7,4% en 2014, un peu moins que les 7,5% officiellement visés, et le moins bon résultat en 24 ans. La faiblesse de la croissance mondiale ainsi qu’un secteur immobilier qui digère une surcapacité, notamment, expliquent ce résultat. Le ralentissement intervient par ailleurs alors que la taille du PIB chinois, ajusté de son pouvoir d’achat, a dépassé l’an dernier celui des Etats-Unis, selon les calculs du Fonds monétaire international (FMI).

Depuis plusieurs mois, tant le président Xi Jinping que le premier ministre Li Keqiang, présent à Davos cette semaine, insistent sur la «nouvelle normalité». D’une part, ce modèle vise désormais une croissance plus faible; l’objectif de 7% devrait être officialisé ce printemps. D’autre part, Pékin s’efforce de rééquilibrer la structure de l’économie, pour réduire sa dépendance aux exportations, le moteur de ces trente dernières années, en faveur de la consommation. Hier encore, le FMI a annoncé s’attendre à une croissance de 6,8% cette année, et 6,3% en 2016.

C’est bien ce ralentissement et cette transition qui inquiètent Paul Krugman. Le Prix Nobel d’économie 2008 était l’invité vedette de la deuxième journée de ce forum. «La Chine me fait peur», a déclaré l’Américain. Ce n’est pas «qu’elle prenne de mauvaises décisions. Ses dirigeants sont plutôt sages et annoncent des politiques sensées. Je suis inquiet de l’ampleur de la transformation» qui est devant eux. La consommation pèse quelque 30% du PIB, l’investissement 50%, a-t-il résumé. «C’est durable tant que la croissance se situe à 9%», comme ce fut longtemps le cas. Aujourd’hui, le modèle atteint ses limites. «Comment transférer 20 points de PIB (de l’investissement à la consommation) assez rapidement pour éviter un plongeon?» s’est demandé Paul Krugman.

L’économiste américain a en outre souligné à quel point «il est difficile d’analyser ce pays. En ­général [dans le monde], les statistiques ont une [fiabilité limitée], mais quand on parle de la Chine elles sont plus près de la fiction que dans n’importe quel autre [pays]. Les réformes annoncées seront-elles réellement menées?» s’est-il encore interrogé.

Alors qu’on lui demandait quelle mesure il prendrait s’il était au pouvoir à Pékin, Paul Krugman a pointé deux champs d’action: une meilleure répartition des bénéfices des entreprises, au profit des employés; la création d’un filet de sécurité sociale, une façon de libérer du pouvoir d’achat alors que les Chinois épargnent beaucoup pour se prémunir contre les risques de santé notamment.

Après leur plongeon de 8% lundi, à la suite à de mesures visant à calmer la spéculation, les bourses de Shanghai et de Hongkong ont fini hier la séance sur un gain de 1 et 1,8%, respectivement.

«Comment transférer 20 points de PIB assez rapidement pour éviter un plongeon de l’économie chinoise?»