La baisse de l’euro donne un «coupde pouce» aux entreprises européennes

Effets de changes L’euro faible est l’effet le plus visible du programme de soutien de la BCE

Les exportations de la zone euro sont 15% moins chères qu’il y a un an. Cela se ressent dans les indicateurs

Quand certains industriels transpirent pour parer à la force de leur monnaie, d’autres reprennent leur souffle. Chez nos voisins, l’euro est désormais assez faible pour les aider à augmenter leur activité. Jusqu’en 2014, Français ou Espagnols se plaignaient de la force de la monnaie unique, qui ne faisait que ralentir leur rythme de reprise. Mais en un an, l’euro a perdu 24% face au dollar et au yuan, 12% face à la livre sterling et 15% face au franc suisse.

Cette baisse, expose Patrice Gautry, le chef économiste de l’Union Bancaire Privée (UBP), «est l’effet le plus visible» de la politique monétaire expansionniste de la BCE. «Lorsque le prix des produits baisse de 10 ou 15%, ça recompose tout de suite des carnets de commandes», ajoute-t-il, alors que les derniers indicateurs en la matière atteignent des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis quatre ans.

D’après l’assureur Euler Hermes, l’euro faible rapportera à lui seul 9 milliards de recettes supplémentaires aux exportateurs français cette année. L’Italie en profitera à hauteur de 6 milliards. Et l’Allemagne à hauteur de 5 milliards seulement, parce que la demande pour ses produits à haute valeur ajoutée est moins sensible aux variations de prix que les autres européens.

Le phénomène actuel est un mécanisme avéré: quand une monnaie baisse, elle aide les exportateurs. En France, le centre de recherche économique CEPII a calculé qu’une dépréciation de l’euro de 10% avait contribué à une hausse des exportations de 6% à 7% entre 1995 et 2010.

Mais d’après Patrice Gautry, «la globalisation fait que depuis les années 2000, le lien entre taux de changes et croissance est de moins en moins évident». L’euro faible n’est donc à considérer que comme un coup de pouce, tempère-t-il. D’autres soutiens sont nécessaires. La BCE devra parvenir à enfin relancer le crédit. Et les réformes de fond doivent se poursuivre. Le Fonds monétaire international l’affirme lui aussi: les changes ne suffiront pas. «La compétitivité reste un problème qui risque de peser à moyen terme», écrit-il dans un rapport publié mardi.

Dans l’immédiat, pourtant, l’euro faible embellit les chiffres des entreprises. Lundi soir, LVMH a fait état d’une progression de ses ventes de 16% au premier trimestre, dont 13% liés aux effets de changes. Soit un apport purement monétaire de 900 millions d’euros en une année. Danone aussi en profite. La baisse de l’euro lui a fait gagner 40% de croissance en plus, a-t-on appris mercredi. Mais le concurrent français de Nestlé est un contre-exemple, prévient Michael Romer, analyste de J. Safra Sarasin. Car le groupe produit principalement dans les pays où il vend. Il ne bénéficie pas vraiment de sa nationalité française, car sa base de coûts en euros est assez faible.

A l’inverse, ce sont donc les exportateurs les plus «made in Europe», comme par exemple la multinationale Inditex, le propriétaire espagnol de Zara, ou le groupe français LVMH donc, qui voient leur compétitivité s’améliorer aux Etats-Unis ou en Asie. Dans une telle situation, deux stratégies: soit ils baissent leurs prix dans les pays étrangers et gagnent des parts de marché; soit ils les laissent inchangés et augmentent mécaniquement leurs marges, résume Michael Romer. En France, Chanel a opté pour la première solution. LVMH pour la seconde.

Au final, «c’est la somme des meilleurs résultats de tous ces exportateurs qui contribuent à la relance générale», reprend Patrice Gautry, d’UBP. Qui souligne qu’en Europe, les prévisions de hausse des bénéfices des entreprises sont supérieures à 10% pour cette année.

Le FMI, lui, prévoit désormais une progression du PIB de 1,5% en zone euro, contre 1,2% en début d’année. Motif? L’action de la Banque centrale européenne soutient l’activité.

«Depuis 2000, le lien entre taux de changes et croissance est de moins en moins évident»