Politique monétaire

«La baisse des prix peut briser l’économie suisse»

Le président de Visilab Daniel Mori estime que la BNS a failli à sa mission. Selon lui, la déflation conduira le pays à subir le même sort que le Japon

La Suisse est en proie à la déflation. Les prix y ont connu une baisse générale de 1,1% l’an dernier, le niveau le plus bas jamais atteint depuis un bref épisode survenu à la fin des années 1950, soit juste après l’instauration de taux négatifs. Cette dernière mesure, actionnée par la Banque nationale suisse (BNS) peine pour l’heure à susciter l’inflation que des taux zéro n’avaient déjà pas su provoquer. Selon l’institution monétaire helvétique, la déflation en cours s’expliquerait notamment par la chute des prix du pétrole. Entretien avec le Genevois Daniel Mori, président du numéro un de l’optique en Suisse, inquiet de la dynamique économique du pays.

- Qu’est-ce qui vous alarme dans l’évolution actuelle du marché helvétique?

- La BNS a clairement failli à sa mission, qui consiste à lutter contre l’inflation, mais aussi la déflation. Je regrette que l’actuelle baisse généralisée des prix soit encore un sujet tabou. C’est pourtant un signal extrêmement fort de malaise économique, susceptible de briser la place helvétique. Le Japon, jadis deuxième puissance mondiale, n’avait pas pris ce genre de signe avant coureur au sérieux.

- Vous voulez dire qu’il y a un faisceau d’indice permettant de conclure que la place helvétique est en péril.

- Il faut regarder autour de soi: les délocalisations se multiplient, le chômage est en hausse, etc. Tous les secteurs de l’économie sont aujourd’hui touchés, comme le commerce de détail, l’industrie d’exportation, le tourisme, etc. Et ce n’est ici que le début, la pointe émergée de l’iceberg. Nous avons un sérieux problème de dynamique de marché.

- Que préconisez-vous pour contrer cette évolution?

- Une mesure possible serait de réinstaurer un cours plancher par rapport à l’euro. En l’état, la BNS doit se montrer plus agressive dans sa défense de notre monnaie nationale, en rachetant davantage de devise et en visant un taux de 1,20 franc pour un euro. Il faudrait aussi un programme d’investissements massif, non pas occasionnel mais continu pour agir sur le cours des changes et relancer l’activité du pays. Toutes les puissances voisines, Union européenne et Grande-Bretagne en tête, pratiquent l’assouplissement quantitatif, soit une «politique de la planche à billet». Je pense que la BNS devrait amplifier son initiative dans ce sens.

- Comment êtes-vous affecté en tant qu’entrepreneur?

- Les marges de Visilab ont tendance à baisser. Il nous a fallu repenser l’intégralité de notre système. D’une part en procédant à des achats en direct, afin d’éliminer les intermédiaires, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain. D’autre part en doublant nos capacités de stockage.

- C’est-à-dire?

- Nos surfaces d’entrepôt à Meyrin sont passées fin 2015 à 1500 m². Ce redimensionnement est également lié à notre nouvelle stratégie «omnichannel» de vente en ligne et en magasin, seule mesure viable à long terme pour assurer la pérennité de l’entreprise.

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