Les deux arguments financiers avancés par le Conseil fédéral pour justifier un nouvel abaissement du taux de conversion des rentes du deuxième pilier sont loin de faire l'unanimité parmi les professionnels des placements institutionnels. Fixé aujourd'hui à 7,1% pour les hommes et 7,2% pour les femmes, ce taux devait être ramené à 6,8% en 2011 et même à 6,4% ensuite, a plaidé le Conseil fédéral.

Le premier argument avancé par Pascal Couchepin est la «diminution notable des rendements à long terme attendus sur les marchés financiers». Le chef du Département de l'intérieur s'appuie sur la baisse durable des rendements obligataires en Suisse et la mauvaise performance des marchés des actions ces dernières années. Citant l'évolution récente des marchés, Pascal Couchepin a noté que «la Bourse n'était revenue qu'à son niveau de 1998». A y regarder de plus près toutefois, ce n'est exact que si l'on considère les grandes capitalisations entrant dans l'indice SMI et si l'on omet les dividendes et remboursements de capital payés. Le SPI (indice élargi) se trouve actuellement 68% au-dessus de son sommet de 1998.

Affirmation «ambitieuse»

Par ailleurs, Pascal Couchepin a déclaré que les «rendements obligataires qui resteront durablement autour de 2% ou 2,5% en Suisse ne permettent plus de dégager la performance de 4% nécessaire pour conserver le taux de conversion de 6,8%».

«Affirmer que les rendements financiers sont en baisse me paraît ambitieux. Les gérants de caisses de pension peuvent accroître les diversifications afin de capter la croissance offerte ailleurs», juge Bernard Laperrousaz, responsable de la clientèle institutionnelle chez LODH à Genève. «Un portefeuille traditionnel peut générer un rendement net de 3,75% sans affoler les compteurs», poursuit-il.

Roland Duss, stratège auprès de la banque genevoise Gonet & Cie, juge que «les excès des années 1999-2000 ont vacciné les intervenants». Les assureurs se sont donc montrés excessivement prudents ces dernières années dans leurs stratégies de placements. Le repli sur les obligations de la Confédération accroît même le problème. Le grand nombre d'acheteurs élève les prix de ces titres et pèse sur les rendements.

Il est cependant un économiste envers qui la proposition du Conseil fédéral trouve grâce. Pierre-Yves Bacchetta, stratège chez Pictet & Cie, juge que «tant que l'inflation reste basse, les rendements seront faibles. En revanche, les rentes vont conserver leur niveau réel car elles seront moins entamées par la hausse des prix que ce ne fut le cas dans le passé.»

Peut-on vraiment anticiper l'inflation dans cinq ou dix ans? «Naturellement pas. En revanche, on peut qualifier les pics des années 1970 et 80 comme des exceptions», estime-t-il.