Si elle voulait calmer les marchés, c’est raté. En hausse dans un premier temps, les bourses ont de nouveau chuté mardi, alors que la Réserve fédérale américaine sortait l’artillerie lourde contre les effets économiques du coronavirus. La Fed a baissé ses taux d’intérêt de 0,5 point de pourcentage, citant dans un communiqué les risques pour l’économie américaine que pose la propagation du virus. C’est la première fois que l’institution américaine abaisse ses taux en urgence depuis la crise financière de 2008. Sa prochaine réunion était prévue pour le 18 mars, mais elle avait signalé vendredi déjà se tenir prête à agir pour contrer les dégâts économiques et financiers de l’épidémie.

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«L’ampleur et la persistance des effets» du coronavirus demeurent «très incertaines», ont déclaré les responsables de la Fed. Prise à l’unanimité, la décision de baisser les taux, désormais dans une fourchette de 1% et 1,25%, doit apporter «un coup de fouet significatif à l’économie» américaine. Elle a ajouté qu’il fallait maintenant s’attendre à «plus de coordination formelle» entre pays du G7 sur le coronavirus.

Baisse surprenante

Cette baisse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale est surprenante, estime Fabrizio Quirighetti, de Decalia à Genève, «car elle survient alors que la Fed a une réunion prévue dans deux semaines et que la réunion du G7 de mardi matin n’a pas débouché sur l’annonce d’une réaction concertée. Peut-être que la Fed a simplement averti ses homologues qu’elle allait abaisser ses taux. Il est vrai aussi que la Banque centrale européenne ou la banque du Japon ont moins de marge de manœuvre pour baisser encore leurs taux.» Tout comme la BNS, dont les taux sont déjà négatifs.

Une cartouche utilisée pour rien?

Reste qu’une telle décision de la banque centrale américaine ne va pas soigner les malades ni faire rouvrir les usines chinoises; or, le principal problème créé par le coronavirus est justement d’avoir perturbé la chaîne d’approvisionnement mondiale, poursuit le responsable des investissements de Decalia.

Pour lui, l’objectif de cette intervention de la Fed est d’empêcher qu’une correction plus forte des marchés pèse sur l’économie. Pas sûr cependant que les marchés adhèrent, conclut Fabrizio Quirighetti: «S’ils terminent la séance en baisse, cela signifiera qu’ils estiment que la Fed a commis une erreur de politique monétaire et qu’elle a dépensé une grosse cartouche pour rien.» Les faits semblent lui donner raison: en fin de journée, les marchés étaient dans le rouge. Le taux des obligations américaines à 10 ans affichait, lui, une baisse.

De même, «la réduction de la Fed ne sera pas suffisante pour éviter une perturbation économique majeure», estime Andrew Mulliner, gestionnaire de portefeuille des obligations mondiales chez Janus Henderson Investors, dans une note diffusée juste après l’annonce. En outre, cette baisse était tellement attendue, maintenant ou dans les prochaines semaines, qu’elle était déjà prise en compte par le marché. Le spécialiste fait un parallèle avec 2008, alors que l’économie était au bord du gouffre: «Que nous voyions une réponse similaire de la part de la Fed aujourd’hui peut à la fois être applaudi – mieux vaut agir avec audace que timidement en ces temps incertains – et craint: à quel point la situation actuelle peut-elle se détériorer?»

Action des banques centrales en Chine et en Australie

La banque du Japon ainsi que la banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne se sont dites prêtes à intervenir. Mais seules leurs homologues australienne et chinoise ont pris des mesures. La première a abaissé ses taux d’intérêt à un niveau historiquement bas, à 0,50%, contre 0,75%. La seconde a injecté des liquidités, assoupli le crédit qu’elle accorde aux établissements financiers, entre autres, pour faciliter le redémarrage de l’activité dans un pays encore largement paralysé.