Les marchés restent suspendus à la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) de jeudi. Depuis le 2 août, dernier rendez-vous du Conseil des gouverneurs, ils attendent de Mario Draghi qu’il tienne parole et mette «tout en œuvre pour sauver l’euro». Jusqu’à présent, le patron de la BCE semble inspirer confiance: le taux à deux ans pour l’Espagne a ainsi chuté mardi à 3% alors qu’il était supérieur à 7% fin juillet. Du côté de l’Italie, le taux pour la même échéance était de 2% mardi contre 5% il y a un mois.

Pas sûr toutefois que les marchés accordent un nouveau délai à Mario Draghi. Du coup, pour les analystes d’UBS, «la BCE pourrait ramener son taux directeur à 0,5%». Ce dernier étant à 0,75%, l’institution dispose d’un instrument monétaire auquel la Banque nationale suisse ou la Fed aux Etats-Unis ne peuvent plus recourir pour le moment.

Mais ce qu’espèrent vraiment les investisseurs, c’est un programme de rachat d’obligations d’Etats. Si la BCE a déjà acquis pour plus de 200 milliards d’euros de dettes souveraines sur le marché secondaire depuis l’été 2010, «il faut désormais mettre en place une procédure qui institutionnalise ces rachats, écrit Asoka Wöhrmann, responsable des investissements chez DWS. Car le modèle [actuel] n’est pas soutenable, il ne possède pas de scénario de sortie et permet de dissimuler les problèmes inhérents à l’Union européenne uniquement de façon temporaire.»

La BCE ne veut cependant pas que son programme soit assimilé à de l’aide publique. Selon des fuites émanant de parlementaires européens ayant assisté à un discours de Mario Draghi lundi, les achats ne concerneraient donc que des obligations dont l’échéance serait inférieure à trois ans. Pour Asoka Wöhrmann, cette stratégie permettrait à la BCE de renforcer sa position face aux dirigeants politiques. «Une obligation à dix ans s’étale sur deux législations dans la plupart des pays, explique-t-il, ce qui rend moins contraignant les engagements pris par les gouvernements.»

En prêtant à court terme, la BCE donnerait un peu d’air aux Etats tout en maintenant une pression pour qu’ils réduisent leur dette publique. «Cela permettrait également à la BCE de mettre fin à son programme rapidement, en cas de non-respect des exigences», poursuit Asoka Wöhrmann. Et justement, Mario Draghi tient à ce que l’aide accordée soit assortie de conditions préalables telles que la mise en place de réformes budgétaires et structurelles.

Ultime difficulté pour Mario Draghi: les réticences de l’Allemagne à tout programme de rachat d’obligations. Début août, l’Italien a souligné que la BCE n’interviendrait sur le marché obligataire que de concert avec le mécanisme européen de stabilité (MES). Or, la mise en place de ce mécanisme, qui doit remplacer le Fonds européen de stabilité financière (FESF), repose sur une décision de la Cour de Karlsruhe, le 12 septembre. Sans son accord, l’Allemagne ne pourra pas participer au MES. «La BCE attendra probablement la décision de la cour avant d’annoncer le détail de ses mesures», conclut Asoka Wöhrmann.

La BCE attendra probablement le 12 septembre