Le BAK Basel Economics place mercredi les discussions salariales au centre de sa présentation des perspectives 2009 et 2010. Urs Müller, directeur et chef économiste, qualifie la situation du marché du travail de «bonne», notamment en comparaison internationale. Entre 2004 et 2008, l'emploi s'est accru en Suisse de 1,9% par an. Il en ira de même en 2008, avant qu'une légère diminution n'intervienne l'an prochain (-0,1%). Une crise économique? L'économiste prend ainsi ses distances avec la presse: «L'augmentation de l'emploi est massive depuis 2004, mais aucun journal n'en parle. Or le principal canal de transmission de la crise financière à l'économie est psychologique.»

1,5% d'inflation à fin décembre

Daniel Lampart, économiste à l'Union syndicale (USS), refuse d'admettre la bonne tenue du marché du travail. Les augmentations ont été insuffisantes à son avis.

L'incertitude à l'égard des prévisions est plus élevée qu'à l'accoutumée. Mais «économiquement une hausse nominale de 2% se justifie», selon Urs Müller. Il s'appuie en premier lieu sur l'inflation de décembre 2008, laquelle devrait se limiter à 1,5% après la décrue des prix de l'énergie. La tendance du renchérissement est nettement à la baisse ces derniers mois. Mas Daniel Lampart s'attend lui à 2% en fin d'année.

Pour le BAK, le renchérissement poursuivra son déclin à 1,9% en 2009 et passera sous la barre des 1% au deuxième trimestre. «Peu importe l'emploi de l'inflation annuelle moyenne ou d'un mois précis, pourvu qu'on ne change pas de baromètre d'une année à l'autre», explique l'économiste.

Productivité en hausse de 2,1%

La seconde question porte sur les prestations. Le BAK observe une augmentation nominale de 2,1% de la productivité par employé en 2008. Une telle progression peut s'accompagner d'une hausse des rémunérations de cet ordre. D'autant plus qu'elle garderait constante la répartition du revenu entre travail et capital.

Le gâteau à distribuer est-il plus large? Le PIB nominal augmente de 4,1% en 2008, mais le revenu national (ce qui est produit en Suisse et à l'étranger par les résidents) diminue de 4,3%. Ce dernier recul résultant de l'effet négatif d'une seule branche d'activité, le secteur bancaire, il ne devrait s'appliquer qu'aux salaires de ce seul secteur, selon le BAK.

La discussion concerne aussi le besoin ou non d'un rattrapage. Pour Urs Müller, celui-ci n'existe pas dans la mesure où la quote-part des salaires au PIB est restée stable à 63% en 2008 (contre 62,1% en moyenne entre 2004 et 2007). C'est pourquoi, après une hausse de 3,4% en 2008, l'augmentation salariale devrait, sous l'angle économique, s'élever à 2%.

Thomas Daum, directeur de l'Union patronale, qualifie ce chiffre de réaliste. Mais «si la demande mondiale diminue, chacun doit garder la maîtrise de ses coûts». Daniel Lampart, de l'USS, demande 4% en raison d'une inflation de 2% fin décembre et d'un besoin de rattrapage de 1,5 à 2%, notamment après l'envol des bonus des managers. Le syndicaliste observe une bonne tenue des commandes. Dans le sillage il ajoute qu'une solide augmentation permettrait de «stabiliser la conjoncture».