«Quand la maison brûle, on ne compte pas les litres d’eau qu’on utilise pour éteindre le feu.» Cette phrase prononcée la semaine passée par Gérald Darmanin, ministre français des Comptes publics, fera facilement l’unanimité. Partout dans le monde, les Etats et les banques centrales conjuguent leurs efforts et s’apprêtent à financer massivement la lutte contre le coronavirus ainsi que pour limiter l’impact de la récession qui s’annonce.

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Alors que le Sénat américain négocie actuellement son plan de 1000 milliards de dollars, en Europe, l’Italie, la France, le Danemark, l’Espagne et l’Allemagne se mobilisent aussi. Berlin a approuvé lundi le plus grand soutien aux entreprises de son histoire d’après-guerre, d’un montant de 822 milliards d’euros.

Ce week-end, l’Espagne, le deuxième pays le plus touché par le Covid-19, appelle Bruxelles à mettre en place un plan Marshall pour l’Union européenne. Hors UE, le Royaume-Uni étend la garantie d’Etat sur les prêts aux entreprises à hauteur de 330 milliards de livres. En Suisse, le Conseil fédéral prévoit 42 milliards de francs qui seront destinés aux PME et aux indépendants.

Le «bazooka» de la BCE

Côté politique monétaire, les banques centrales n’y vont pas de main morte non plus. La Réserve fédérale américaine a rapidement ramené son taux d’intérêt à presque 0%, une première depuis décembre 2008. Elle propose aussi de soutenir les prêts automobiles ou immobiliers et d’accorder des prêts aux entreprises.

La Banque centrale européenne (BCE) fournira 100 milliards d’euros de liquidités aux banques afin qu’elles ouvrent le robinet de crédit aux entreprises. Mercredi dernier, elle a actionné le «bazooka»: un plan de 750 milliards d’euros de rachats de dettes publiques et privées, à réaliser d’ici à la fin de l’année.

En Chine, deuxième puissance économique mondiale, la banque centrale a baissé son taux directeur et ramené son ratio de réserves obligatoires des banques, une mesure qui libère 114 milliards de dollars pour stimuler l’économie. Au Japon, en Corée du Sud, en Australie, au Canada et au Brésil, gouvernements et banques centrales ne lésinent pas non plus sur les moyens.

«La dette n’est pas une fatalité»

Force est de constater que cette mobilisation financière fait l’unanimité chez les économistes. Gregory Claeys, économiste à l’institut Bruegel à Bruxelles, rappelle que la Commission européenne a lâché la bride en suspendant le Pacte de stabilité qui limite le déficit budgétaire à 3% du PIB et la dette à 60% du PIB: «On voit mal Bruxelles demander à l’Italie à respecter les règles alors que le pays est sévèrement frappé par le coronavirus.» Pour Sabrina Khanniche de Pictet Asset Management, «il s’agit avant tout de limiter l’impact et la durée de la récession qui sont désormais inéluctables».

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Pour Sami Chaar de Lombard Odier, les programmes de soutien vont certes endetter davantage les Etats, «mais ce n’est pas une fatalité», fait-il comprendre. «Je préfère une Italie qui, à la sortie de la crise, offre un avenir à sa jeunesse qu’une Italie peu endettée, mais qui s’écroule.»

Enfin, pour Michaël Malquarti, gérant chez Quaero Capital à Genève, les Etats européens, y compris la Suisse, devraient s’inspirer des plans américain et hongkongais d’«hélicoptère monétaire». Selon lui, quitte à s’endetter ou à créer de la monnaie, il faut donner du pouvoir d’achat tant aux collectivités qu’aux ménages pour produire une impulsion à la reprise.