«Sans convictions et sans nouveaux concepts, point de survie.» Jacques Duchêne, président du Comité des exposants, ne pouvait être plus clair lors de la journée de presse précédant l'ouverture du Salon mondial de l'horlogerie et de la bijouterie Basel 2001, prévu du 22 au 29 mars. Un constat relativement alarmiste, car la manifestation explose de tous bords.

Surfant sur les ailes d'une croissance guère égalée par le passé, avec des exportations qui ont franchi pour la première fois le cap fatidique des 10 milliards de francs en 2000, cette industrie helvétique, deuxième contributeur du pays au commerce extérieur, a clairement fait savoir ses exigences. Et celles-ci tiennent en une seule revendication: de l'espace, de la place et des volumes afin de mettre en valeur une production qui connaît un engouement que la plupart des secteurs du luxe pourraient lui envier, avec un essor programmé de quelque 12% par an lors du prochain lustre.

«L'année 2000 aura été exceptionnelle en termes de ventes. Les stocks ont rarement atteint un niveau si bas, tant auprès des producteurs que des revendeurs. Et la valeur des produits est en augmentation constante.» Pour René Kamm, directeur général du Salon, cette évolution du secteur a jeté les bases d'une cuvée 2001 qui devrait tenir toutes ses promesses. D'autant que les nouveaux acteurs en provenance de l'univers de la mode sont de plus en plus nombreux à vouloir investir une branche aussi prometteuse.

Ce résultat des plus encourageants a toutefois son revers: les exposants se multiplient – soit 2300 au total cette année –, sans toutefois être pleinement sastisfaits des conditions que le Salon est actuellement en mesure de leur offrir. Et comme ce sont généralement les acteurs de poids qui font entendre leurs récriminations auprès des responsables de la manifestation, ces derniers peuvent difficilement se permettre de les ignorer.

«Nous avons pris beaucoup trop de monde, avouait Jacques Duchêne. Et d'abord, qui sont ces 2300 exposants? Personnellement, je ne les connais pas. Il s'agit aujourd'hui de faire de l'ordre dans la maison et de donner aux bijoutiers/joailliers ainsi qu'aux horlogers davantage de place et un environnement plus prestigieux.» La menace n'a donc pas été prise à la légère, même si les responsables du Salon clament à l'envi que cette rencontre mondiale est tout simplement incontournable pour les professionnels de la branche. Vendôme (groupe Richemont) a déjà fait sécession il y a quelques années, attirant dans son sillage quelques mécontents comme Parmigiani, Audemars Piguet, Bovet ou Girard Perregaud. L'an prochain, les trois maisons prestigieuses que sont Jaeger-LeCoultre, IWC et Lange & Söhne vont assurément rejoindre ce peloton du luxe, puisqu'elles ont été acquises l'été dernier par Richemont pour 3,1 milliards de francs. En outre, les acteurs de la branche sont de plus en plus tentés d'organiser leur propre salon pour soigner les liens avec leurs clients et distributeurs, à l'image de Frank Muller et Bulgari.

Déplacement à Zurich

Dans ces conditions, les organisateurs de Basel 2001 ne pouvaient se permettre de rester les bras croisés face à des Rolex, Patek Philippe, Swatch Group, Chopard ou LVMH, lassés de projeter l'extension de leur stand vers la toiture des halles. Ils ont donc décidé de déplacer vers Zurich, dès 2003, tous les exposants qui ne présentent pas des produits finis, soit un gain d'espace de quelque 10 000 m2. Le Salon voit donc son avenir dans un étroit partenariat entre les deux cités alémaniques, faisant désormais la part belle à tout ce que l'industrie compte comme grands noms, quitte à froisser les producteurs de composants, relégués à la périphérie d'une manifestation qui veut assurément pérenniser son appellation «mondiale».