Exposition

A Bâle, l’horlogerie veut éradiquer la sinistrose

La foire Baselworld garde confiance en son modèle centenaire. Elle ne changera pas d’orientation, affirme le nouveau président des exposants, Eric Bertrand. Walter Von Kaenel, de Longines, réitère son optimisme

Traditionnellement, la conférence de presse d’ouverture de Baselworld réserve peu de surprises. Toutefois, mercredi, elle promettait une nouveauté. Eric Bertrand y faisait sa première apparition en tant que nouveau président du comité des exposants. Haut placé chez Rolex, il succède à Jacques Duchêne, subitement décédé l’an dernier la veille de l’ouverture de la manifestation.

Si le rendez-vous horloger n’a plus le même président, il ne connaîtra «pas de changements majeurs, la ligne sur laquelle nous travaillons donne les résultats escomptés», a noté Eric Bertrand. Il a par exemple été fait mention de la réduction du nombre de marques participantes (de 2000 à 1500 entre 2010 et 2016) dans le but de privilégier «la qualité plutôt que la quantité», selon la directrice du salon, Sylvie Ritter.

Lire également: Baselworld a changé de vocation

S’il n’a été que brièvement fait mention du fait qu’il s’agit de la centième édition de la manifestation, il a par contre longuement été question de conjoncture. Après un hiver «un peu triste», François Thiébaud, président du comité des exposants suisses (et patron de Tissot) a voulu balayer les doutes. «Le premier trimestre 2016 sera difficile, mais cela repartira en avril. Les revendeurs ne pourront pas vivre sur leurs stocks indéfiniment…». A 22 milliards de francs, les exportations suisses de 2015 sont encore au niveau de 2012, a-t-il rappelé.

«Nous avons compensé Hongkong»

A plus court terme, néanmoins, la comparaison est moins flatteuse. Les ventes de montres à l’étranger ont reculé de 3,3%, l’an dernier. Et elles ont chuté de plus de 22% à destination de Hongkong, le premier débouché de l’industrie.

Les chiffres de la Fédération horlogère sont «pipés», affirme Walter Von Kaenel, le patron de Longines, que Le Temps a rencontré mercredi. «Certaines sociétés renvoient les montres achetées vers la Chine». En d’autres termes, le recul des ventes à Hongkong aurait été encore plus important.

Mais le truculent patron de la marque de Saint-Imier (BE) garde confiance: «Notre chiffre d’affaires s’est maintenu l’an dernier [ndlr: à plus de 1,5 milliard de francs]. La descente aux enfers à Hongkong, nous l’avons compensé au Japon, à Bangkok et en Europe.»

Lire également:  Avant Baselworld, personne ne parle des smartwatches

Lorsqu’on l’interroge sur les autres marchés qui comptent ou qui vont compter, Walter Von Kaenel, plus de quarante Baselworld au compteur, se lance dans un tour du monde exhaustif. Sur le continent africain – 1% des exportations horlogères, le patron cite l’Algérie et l’Afrique du Sud. Au Moyen-Orient, c’est Dubaï qui le satisfait le plus. L’Iran devrait aussi gagner en importance, selon lui, grâce au retour au pays d’une jeunesse formée et éduquée à l’étranger.

Dans la région Amériques, les Etats-Unis restent incontournables à ses yeux. Même si, concède-t-il, des concurrents dominent ce marché. Le Brésil? Miné par la corruption. L’Argentine? «Un marché mineur pour nous», poursuit-il. «Mon rayon de soleil, dans cette région, c’est le Chili», fini par préciser Walter Von Kaenel, qui use actuellement son 28e passeport dans ses très nombreux voyages.

Cinq boutiques en Birmanie

En Asie, outre la Chine, Taïwan ou Singapour, qui «affichent une grande stabilité», Longines mise beaucoup sur le Vietnam et sur la Birmanie, pays dans lequel elle va ouvrir cinq boutiques, afin d’anticiper l’arrivée de touristes chinois. Un pays, pourtant prometteur, le déçoit particulièrement: l’Indonésie et ses 250 millions d’habitants. «J’ai prévu de m’y rendre deux fois cette année pour voir ce qui s’y passe et améliorer la situation», prévient l’ancien commandant d’un régiment d’infanterie.

Mais la grande force de Longines, conclut son patron, ce n’est pas son positionnement géographique mais son segment de prix. La marque réalise 81% de ses ventes avec des modèles entre 700 et 3000 francs. «C’est ce que j’appelle la constance: nous sommes toujours restés dans cette gamme de prix». Le fait que des concurrents y viennent ou y reviennent – le cas le plus flagrant est celui de Tag Heuer – n’inquiète pas Walter Von Kaenel. «Au contraire, c’est un signe qui prouve que nous sommes placés au bon endroit»

Publicité